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Give peace a chance de Marcelino Truong

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Give peace a chance de Marcelino Truong
Give peace a chance de Marcelino Truong

Dans le premier tome de son autobiographie, "Une si jolie petite guerre" Marcelino Truong racontait Saïgon entre 1961 et 1963. Né en 1957, il est métis. Son père est vietnamien, diplomate pour le régime du Sud Vietnam, alors que sa mère est française. "Une si jolie petite guerre  racontait les débuts du conflit vietnamien, alors que son père était en poste à Saïgon. Ce beau et très intéressant album lors de sa découverte m'avait fait penser au livre de Pascal Jardin "La guerre à neuf ans". 

Dans « Give Peace a Chance », toute la petite famille est désormais à Londres (l'album est sous-titré Londres 1963-1975). Marcelino a six ans. Il se voudrait occidental. Il déteste son nez épaté qu’il tente d’affiner avec une pince à linge... Cette fois c'est à un autre roman familiale, le très beau "Qu'a fait de tes frères" de Claude Arnaud auquel j'ai songé, en lisant le nouvel opus de Marcelino Truong même s'il faut attendre la fin du volume, pour en avoir la révélation de ce possible rapprochement.


Marcilino grandit. Il joue avec ses figurines Action Man, en reconstituant des scènes de bataille de la guerre qu'il vient de quitter. L'image était déjà le souci du jeune Marcelino, puisque parfois il photographie ses petits soldats. Les nouvelles de la guerre du Vietnam lui arrivent par la télévision. S'il n'oublie pas le Vietnam, l'Angleterre et surtout sa musique laissent leur empreinte. Il voudrait des cheveux longs comme les Beatles, mais ses parents insistent pour la coupe courte que les frères Truong appellent entre eux, la coupe «VC» (viet cong).

Le livre alterne donc la petite histoire familiale, parfois presque aussi tragique que la grande Histoire, celle de la guerre du Viet Nam.

La vie n'est ni simple ni tranquille dans la famille Truong, sous la pluie de wimbledon. Elle l'est d’autant moins pour Marcelino, issu d’une fratrie de quatre enfants et qui affronte tout cela dans ses plus jeunes années qu'Il doit vivre avec une mère à la santé mentale fragilisée par la Seconde Guerre mondiale et un père qui voit tout à ce qu'il a cru et son pays même, disparaitre. Le diplomate est en outre dans l’angoisse de la situation de ses parents restés au pays. Bientôt, craignant d'être renvoyé au Vietnam, il démissionne de son poste à l'ambassade du Vietnam de Londres. Il est dans la nécessité urgente de se retrouver un nouveau travail qui lui permet de nourrir sa famille, repartant de zéro, lui qui avait fréquenté les plus hautes sphères du pouvoir, il trouve un emploi modeste à l'agence Reuter.

Cette descente feutrée aux enfers, affecte directement le frère aîné de Marcelino, Domi, qui ne résiste pas à cet écroulement des valeurs d’autant plus rejetées qu’elles se perpétuent encore dans les usages familiaux, alors que tout autour, l’amour libre, le Flower Power, l’usage permissif des drogues et l’envoûtant chemin de Katmandou semblent si tentants.

Tout cela, Marcelino Truong le raconte d’une façon posée, simple et très émouvante.

 

Give Peace a Chance (Londres 1963-1975) - Par Marcelino Truong - Denoël Graphic

 

La famille est doublement expatriée; la mère a autant de difficulté à s'acclimater à l'Angleterre qu'elle en avait eu pour vivre au Vietnam. Sa raison est chancelante. Il faut tout l'amour filiale et la gentillesse, qui transparait tout au long du livre, de Marclino Truong pour supporter cette pathétique emmerdeuse.

L'artiste ressuscite une Angleterre blanche qui n'existe plus: <<  A l'époque, l'Angleterre était encore marquée par la guerre et les privations : les gens vivaient chez eux, entre eux, et étaient très attachés à ce mode de vie. Il faisait froid, humide et à 17h30, extinction des feux : tout fermait, les rues étaient désertes. Rien à voir avec Saigon où tout le monde vivait dehors et où la ville ne s'arrêtait jamais. A l'époque les seuls Vietnamiens de Londres venaient de l'ambassade, nous étions des émigrés un peu chics, il n'y avait pas de réelles tensions avec les Anglais tant que nous adoptions leur style de vie. Les grands vagues d'immigration en provenance du Pakistan et des Antilles se sont produites plus tard.>>.

Ce qui est passionnant dans cet album, comme dans le précédent, c'est que la guerre du Vietnam est vue du coté des vaincus. Dans la famille de Marcelino, sud-mietnamienne, on ne porte pas les Viet Congs dans son coeur. Le gamin apprend vite la relativité des choses quand il croise à Londres des manifestants anti-Guerre du Vietnam clamant que «les Viet Congs sont des combattants de la liberté».

Marcelino et son frère ripostent, évoquent les exactions du côté du camp du Nord : les militants les traitent alors de «little reactionary fascists». Plus tard, lorsqu'il poursuit ses études en France, d'abord à Saint-Malo puis à Science-po Paris, Marcelino se rendra compte également, face à la doxa communiste qui a le vent en poupe, qu’il est du mauvais côté, celui des «réactionnaires» et des «fascistes».

 

Marcelino Truong à St-Malo, 1973. Accoudé à un brise-lames de la grande plage

 

Voilà un livre qui nous rappelle l'aveuglement de la plupart des intellectuels français. Il faut se souvenir qu'à la même époque que ce que nous raconte « Give Peace a Chance », ce jobard de Malraux qualifiait Mao de "plus grande figure historique de notre époque"! Ce sont les mêmes crânes d'oeuf qui aujourd'hui nous parlent d'islamistes modérés...

Marcelino Truong a le talent en une image d'épingler les ridicules d'un groupe, d'une époque, toujours avec causticité, mais jamais avec méchanceté. A cause de ses origines, de son parcours cosmopolite et chaotique, et aussi de sa grande culture, le dessinateur fait toujours un pas de coté par rapport aux milieux qu'il fréquente. Truong est toujours un peu extérieur, quelque soit le monde dans lequel il se trouve. Ce qui en fait un observateur d'une implacable lucidité.


Marcelino Truong mélange la chronique familiale et la grande Histoire, avec parfois ça et là, se mêlant au dessin, des photos d’archives, photos de l’album de famille, tracts d’époque, ou de clichés restés dans l’Histoire, comme celui de cet officier de l’Armée du Sud Vietnam abattant un Viet Cong : un mélange de supports très réussi. Outre son grand talent de dessinateur, Marcelino Truong parle bien*. Il ose émettre sur la guerre du Vietnam et de ce qu'est devenu ce pays aujourd'hui une parole que l'on entend malheureusement bien peu: << Comme toujours l'histoire est écrite par les vainqueurs. Pour les dirigeants communistes du nord, les Vietnamiens étaient tous aux côtés d'Ho Chi Min. Aujourd'hui encore, les enfants apprennent à l'école que ceux qui étaient du côté des Français et des Américains étaient des traîtres, des mercenaires quine méritent pas d'être considérés comme des Vietnamiens. Cela fait très bien dans le bréviaire du parfait petit révolutionnaire, mais c'est assez éloigné de la réalité… Mon expérience, mes lectures, mes recherches, mais également de nombreuses rencontres et témoignages recueillis au Vietnam où une grande partie de ma famille qui a épousé la cause du Nord vit encore, m'amènent à d'autres conclusions. Refuser le “paradis communiste” ne faisait pas de vous un traître, surtout lorsque on sait comment les gens vivaient au Nord Vietnam et ce qu'il advenait des opposants… Les sud-Vietnamiens voulaient un autre système politique, plus démocratique, mais le Nord ne leur en a pas laissé le choix. A l'origine, ce qui s'est passé au Vietnam était une guerre civile, un choix de société. Puis la Chine et les Etats-Unis s'en sont mêlés, nord et sud-vietnamiens, nationalistes et patriotes sont alors devenus les jouets des super puissances, des marionnettes, des fantoches. Le plus difficile en arrivant en Europe a été de découvrir la manière dont les médias occidentaux couvraient les évènements. L'époque était alors au romantisme révolutionnaire, le maoïsme faisait rêver et les intellectuels comme Marcuse et tant d'autres se faisaient les chantres d'un marxisme hédoniste qui serait l'avenir de l'homme. Les correspondants de guerre n'échappaient pas au climat ambiant, qui donnaient une image biaisée et manichéenne du conflit. Aucun d'ailleurs n'est jamais allé voir dans le Nord Vietnam ce qui s'y passait. A leur décharge, les dirigeants communistes n'accueillaient que quelques journalistes totalement acquis à leur cause. Dans les années soixante, le Vietnam était comme la guerre d'Espagne pour les générations précédentes : chanteurs, artistes, écrivains, penseurs, tous les gens que nous admirions étaient du côté du David nord-vietnamien contre le Goliath américain. Pas facile de lutter pour faire entendre sa voix. Ce n'est qu'aujourd'hui, maintenant que l'illusion maoiste a volé en éclats et que l'on sait ce dont ont été capables les Khmers rouges au Cambodge, que je peux accomplir ce devoir de mémoire. »

Il capture merveilleusement une époque, le Londres des années 60 et 70, les Beatles et le Flower Power. La musique est bien sûr très présente dans cet album qui possède une véritable bande son. Truong nous rappelle que les chansons des Beatles, de Joan Baez, de Bob Dylan, de Country Joe & Fish et de bien d'autres ont placé insidieusement dans notre subconscient l'image de Sud-Vietnamiens fachos à la solde de l’impérialisme américain et installé "l’Oncle Hô" comme une icône de la paix. Ce roman graphique m'a rappelé bien des souvenirs, moi aussi j'espérais en avril 1972, lors de la grande offensive nord vietnamienne, que les troupes du Sud-Vietnam allaient tenir bon... 

Parallèlement à son histoire, Marcelino Truong retrace aussi le tragique et émouvant parcours de son frère aîné, Dominique, en pleine recherche de lui-même (je n’en dirais pas plus, pour ne pas déflorer l'ouvrage).

L'album ne se présente pas comme une succession de cases de bande-dessinée mais plutôt comme une suite d'illustrations dont quelques unes sont en pleine page.

Le seul reproche que l'on peut faire à ce formidable livre est qu'il est trop court. On aurait aimé en savoir un peu plus et rester d'avantage avec cette famille. Espérons qu'il y aura un autre volume. Il y a même matière à en faire plusieurs en regard de la riche vie de ce talentueux auteur*. 


Gouache de Dominique, le frère de Marcelino Truong (©Denoël Graphic)

 

Give peace a chance de Marcelino Truong

*pour s'en persuader allez à cette adresse: http://la-charte.fr/dans-les-petits-papiers-de/article/marcelino truong )

Give peace a chance de Marcelino Truong
Give peace a chance de Marcelino Truong

Publié dans bande dessinée

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Rétromobile 2016

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13 ans - Rudi Rosenberg - EICAR

Publié le par lesdiagonalesdutemps

13 ans - Rudi Rosenberg - EICAR

Tout d'abord merci à Bruno de m'avoir fait connaitre ce remarquable court-métrage qui, outre une chute totalement inattendue bénéficie pour un film d'école (EICAR) d'un filmage de grande qualité. Parmi les nombreux tours de force qu'a réalisés le réalisateur, Rudi Rosenberg, est celui de faire jouer des gamins de 12-13 ans d'une manière presque professionnelle, en particulier les deux personnages principaux, le très joli Charles et le déluré Jonathan. Il n'y a quasiment pas d'adulte dans ce casting, casting copieux pour un film aussi court. Autre qualité, très rare pour un court, le grand nombre des décors, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Autre qualité, sa construction, le film est introduit par une voix off; on comprend que ce que l'on va voir se déroule dans le passé; un passé difficile à situer, un temps d'avant les téléphones portables et les ordinateurs mais après la grande diffusion des calculettes de poche, disons 25 ans et toute l'ambiance du film fait que ce voyage dans le temps est très crédible. Bravo monsieur Rudi Rosenberg; surtout continuez à faire des films.

13 ans - Rudi Rosenberg - EICAR
13 ans - Rudi Rosenberg - EICAR
13 ans - Rudi Rosenberg - EICAR

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FAQS (PRENDS-MOI), un film d'Everett Lewis (réédition complétée)

Publié le par lesdiagonalesdutemps

FAQS (PRENDS-MOI), un film d'Everett Lewis (réédition complétée)

 

  

 

Fiche technique :


Avec Joe Lia, Tera Greene, Lance Davis et Allan Louis.

Réalisation : Everett Lewis. Scénario : Everett Lewis. Producteur : Christian Martin. Images : Gavin Kelly.


USA, 2005, Durée : 86 mn. Disponible en Vo et VOST.

 


Résumé :
India (Joe Lia), un jeune et mignon SDF fraîchement débarqué à Hollywood et arrivant de son Colorado natal d’où il a été chassé par son père parce qu’il est gay, tourne des pornos minables pour subsister. Un soir, il est agressé par deux casseurs de pédés qui veulent lui faire la peau. Il est sauvé in extremis par une drag queen (Allan Louis), aussi flamboyante que militante, qui l’héberge chez elle où elle a déjà recueilli une jeune lesbienne (Tera Greene). La petite communauté va bientôt s’ouvrir à d’autres paumés. Cette nouvelle famille redonne confiance en lui à India qui, au détour d’une rue, tombe amoureux d’un jeune révolté, Spencer (Lance Davis) qui tente d’entraîner India vers un militantisme gay radical...

 

 

 

L’avis critique


Après un début original, constitué par l’énoncé d’une profession de foi homophobe de républicains texans, le film se poursuit par la énième mouture de l’histoire du pauvre garçon chassé de son Amérique profonde, et néanmoins natale, par un père homophobe et qui se retrouve à vendre son corps sur les trottoirs d’Hollywood pour pouvoir manger ; un des grands poncifs du cinéma gay, qui est en passe de devenir un sous-genre à part entière, dont le meilleur exemple reste, à ce jour, The Journey of Jared Price de Dustin Lance Black.
Mais de réaliste, le film se transforme vite en une fable dont la morale pourrait être : « Pour un monde meilleur, soyons tous homos », avec pour corollaire : « Tout bon hétéro est un hétéro mort ». Les diatribes anti-hétéros rappellent, en leur temps, celles des blacks panthers contre l’homme blanc. Everett Lewis aurait-il inventé les gays panthers ?
Avec Prends-moi, le public français a l’occasion de découvrir un activisme gay qu’il ne pouvait même pas imaginer. Il ne s’agit plus de se défendre mais d’attaquer, ce n’est plus la revendication de soi, maisl’élimination de l’autre.
Au discours violent s’ajoute un message lourdement moralisateur : se droguer c’est mal, baiser sans capote c’est mal, mais apprendre le kung-fu pour bastonner les hétéros c’est bien. La vision du monde du cinéaste semble être parfaitement paranoïaque : tout hétéro est une menace mortelle pour un homo. Au détour d’une scène de sexe, assez bien filmée par ailleurs, on est surpris d’entendre prôner par un personnage, que l’on perçoit comme le porte-parole du réalisateur, un terrorisme gay dont les cibles seraient les hétéros que le prosélytisme ne parviendrait pas à convertir.
Le film paraît d’autant plus dérangeant du fait qu’il glisse petit-à-petit du naturalisme du début vers la peinture idyllique d’une communauté gay qui parvient à convertir aux joies de la sodomie les pires homophobes.


Sur la fin, le discours guerrier se transforme en message peace and love inattendu : « Un baiser entre deux mecs est un tremblement de terre pour le monde hétéro. » Où comment passer d’une utopie à une autre sans jamais être capable de nous parler d’aujourd’hui à travers des personnages auxquels on pourrait croire.
Un des préceptes édictés par Destiny est que l’on doit être fier de son corps. Elle demande donc à Indian d’être nu deux heures par jour en sa présence. Cette bonne idée nous vaut un film indépendant américain moins coincé qu’à l’habitude. On ne perd ainsi rien de l’anatomie d’Indian qualifié, à juste titre, de trognon par Destiny. L’acteur est en effet mignon, même si comme trop souvent, dans le cinéma américain, il semble un peu trop âgé pour le rôle. Mais il assure comme le reste de la distribution.
Le filmage n’est pas tout à fait à la hauteur des interprètes. Le bel effort de cadrage est souvent ruiné par une lumière calamiteuse ou plutôt par une absence d’éclairage. On ne compte plus les plans sous-exposés ou en contre-jour. Il faut le répéter ni la lumière du soleil, ni celles de la ville, ne sont suffisantes. On ne peut pas faire du cinéma sans éclairage d’appoint.
Si en versant dans le militantisme pur et dur Lewis n’a rien perdu de sa qualité de directeur d’acteurs, en revanche il ne reste rien de la légèreté iconoclaste qui faisait le charme de Luster,son précédent film.

Prends-moi est un mélange d’utopie militante et de romantisme qui ne prend pas.

FAQ, 6

 

FAQ, 4

 

FAQ, 3

 

FAQ 5

 

FAQ, 2

 

 

FAQ 1

 

Bande annonce
 

 

pour voir le film et le télécharger: ICI

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Le Démon du Pharos, une aventure d'Alix, dessinée par Christophe Simon, scénarisée par Patrick Weber

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Le Démon du Pharos, une aventure d'Alix, dessinée par Christophe Simon, scénarisée par Patrick Weber

Un navire marchand phénicien sombre peu avant son arrivée à Alexandrie. Privé de la lumière du feu sacré du Pharos (le fameux phare d'Alexandrie, une des sept merveilles du monde antique), il n’a effectivement pu éviter les récifs. Depuis que le roi, Ptolémé, a confié la gestion de l’île et l’entretien de son phare à un étranger, Polynice, un mystérieux crétois, de nombreuses rumeurs circulent dans la cité : disparitions mystérieuses, espionnage, vente du monument… Rien de tel pour attiser la curiosité du valeureux Alix, qui séjourne en compagnie d’Enak dans la ville, pour y remplir une mission secrète sur ordre de César en personne. Le jeune gaulois sent que l’île de Pharos, et surtout son mystérieux gestionnaire, cachent de biens inquiétants desseins. Un seul moyen d’en avoir le cœur net : s’y rendre à tout prix. Attendant de trouver le moyen d’en savoir davantage, il rencontre Cléopâtre qui lui confie l’objet de sa mission : transmettre à César la preuve d’un complot fomenté par Ptolémée et visant, entre autres, l’empereur romain. La reine se retire, laissant le soin à Cristène de veiller sur les deux amis. Car le meilleur moyen pour les deux romain pour passer inaperçus est de se faire passer pour deux étudiants sous la férule de Cristène , grand savant et pédagogue qui, un personnage bien intéressant. Ce grand savant et honnête homme a accepté, sans trop se faire prier apparemment, de participer à la mission d'Alix et d'Enak en les acceptant parmi ses étudiants, à la demande de Cléopâtre qui le protège et donc commande. Mais comme c'est le couple royal qui est le tuteur du Musée, il est bien difficile de se cacher du roi. D'autant qu'Alix et Enak sont épiè par Philippos un jeune grec fort joli qui est l'élève préféré de Cristème. Phippos est jalous des attentions de son maitre pour les deux jeunes romains qui pourtant s'avèrent pas très doués pour les études... Cristène est soumis à un douloureux dileme lorsque Philippos est mis en danger par les deux héros. C'st l'attachement au garçon qui explique l'attitude du savant humaniste. Rongé par la peur et l'amour qu'il porte à son meilleur élève Cristème va sacrifier un moment ses valeurs malgré lui. Ce amène une belle réflexion philosophique sur la théorie confrontée au réel. Et pourtant, c'est en toute connaissance de cause que Cristène agit à l'encontre de Ptolémé dont il a sans doute vite compris l'insuffisance et l'assujettissement à ses conseillers. Cela n'ira pas sans mal quand les évènements se précipiteront et qu'il lui faudra faire alliance avec le diable, en l'occurrence Polynice, pour protéger son élève Philippos. Obligé de participer à la mystification organisée par Nikanor et Polynice, il trouve alors Alix et sa mission bien encombrants, mais ils se réconcilieront une fois les comploteurs éliminés. 

L'aspect culturel de l'ensemble de l'album n'échappera d'ailleurs à aucun lecteur attentif, et on citera à ce sujet pour finir la visite par Alix et Enak de l'atelier du sculpteur Demosthène chargé de composer la statue qui orne le phare. Nos héros ressortiront d'ailleurs émerveillés par tant de talent. La soif de vérité est plus forte que la raison. Elle pousse nos deux jeunes aventuriers à s’infiltrer dans le monument. A l’intérieur, ils surprennent Polynice en pleine conversation. Plus aucun doute, l’homme utilise bien le phare pour s’enrichir aux dépens des navires marchands et ce, en utilisant la bonne vieille technique des naufrageurs. Alix et Enak n’en sont pourtant qu’au début de leurs découvertes, le crétois étant l’outil d’un plus vaste complot…

Le Démon du Pharos, une aventure d'Alix, dessinée par Christophe Simon, scénarisée par Patrick Weber

Il est bon de rappeler que le scénariste Patrick Weber à oeuvrer d'après un synopsis de Jacques Martin. Ainsi ce dernier qui alors espérait dessiner lui même cet album, confiait en 2002 à Thierry Groensteen dans la dernière édition d'"Avec Alix", page 250 : << Le maître de Pharos" nous ramènera à Alexandrie où l'on apprendra comment Arbacès entretient le feu du fameux phare qui ne s'éteint jamais.>>. En fait Patrick Weber a fait jouer à Polynice le rôle qui était à l'origine destiné à Arbacès. Ce qui me parait une bonne idée car il aurait été un peu délicat d'introduire un personnage aussi connoté et aussi fictionnel dans une intrigue si finement insérée dans l'Histoire. Néanmoins le lecteur que je suis était persuadé, avant de découvrir sa physionomie, que le maitre du phare était arbacès, le meilleur énnemi d'Alix. Arbacès est un peu l'Olrik d'Alix...

 

Chronologiquement, nous sommes entre l'avènement des souverains actuels, Ptolémée XIII et Cléopâtre VII, qui a eu lieu en -51 après la mort de Ptolémée XII Aulète, et avant l'arrivée de César en Égypte, en octobre -48, et plus probablement avant le milieu de l'année -49. En effet, à partir de cette dernière date et jusqu'au milieu de l'année -48, Cléopâtre n'était pas à Alexandrie, qu'elle avait dû fuir pour se protéger des manigances de son frère-époux ; elle se trouvait alors en Syrie, où elle essayait d'engager des mercenaires pour contrer Ptolémée, qu'elle retrouvera à Péluse, peu avant les arrivées mouvementées de Pompée, puis de César. Disons, pour simplifier, que nous sommes au second semestre -50.

A l'époque de l'Antiquité, Alexandrie était une des villes où se situait l'une des Sept Merveilles du Monde. Construit pour protéger et guider les marins vers le port, le célèbre phare était aussi un monument qui témoignait de la puissance des Ptolémée, cette dynastie de grecs qui furent les derniers pharaons d'Egypte.

La côte sur laquelle était bâtie Alexandrie était particulièrement dangereuse, et les naufrages tels qu'on en voit dans cet album, même sans le concours de pillards, n'étaient pas rares. « La côte était remplie d'écueils, les uns affleurant au-dessus de l'eau, les autres invisibles. » écrit Strabon au -I° siècle.

Les épaves grecques et surtout romaines, retrouvées par les archéologues au large du Pharos, en témoignent. Or, Alexandrie était, dès l'origine, vouée à devenir un grand port commercial. L'idée fut donc naturelle de guider les marins avec une tour alimentée d'un feu durant la nuit, comme les Grecs en avaient déjà l'habitude à l'époque.

Son emplacement exact est décrit dans plusieurs textes anciens : sur la pointe orientale de l'île de Pharos ( Pharus en latin ), d'où le nom de phare. Sa construction est attribuée à Sostratos de Cnide, un ami des deux premiers Ptolémée. Le phare n'avait pas pour seule fonction de guider les marins, maisaussi de témoigner jour et nuit de la puissance des nouveaux maîtres de l'Égypte. C'est Ptolémée 1 er qui lance la construction du fameux phare. Après un conflit avec son voisin et collègue Séleucos, qui a hérité du Proche-Orient, pour fixer leurs frontières respectives, il prend en -305 le titre debasileus ( roi ). A partir de son règne, l'Égypte dominera une partie de l'Asie mineure : Ionie, Lycie, Pamphylie et Cilicie, c'est à dire la façade occidentale de l'actuelle Turquie, et sera installée à Chypre, en Phénicie, en Syrie-Palestine et en Cyrénaïque. La puissance et la cohésion de l'État Lagide, enrichi par l'exportation de blé, seront assurées par une marine longtemps invincible qui imposera une véritable « thalassocratie » dans le bassin oriental de la Méditerranée. Ptolémée 1er fait d'Alexandrie la capitale du royaume à la place de Memphis. Il innove en matière religieuse en instaurant le culte de Sérapis ( voir l'article ) et commande la construction du Phare à Sostrate de Cnide ; autre de ses grands chantiers : le Musée et la Bibliothèque. Il meurt de sa belle mort dans son lit à plus de 80 ans, en -282 ( il était né en -360 ). Comme il est dit page 6 de l'album c'est Ptolémée philadelphe (qui aime sa soeur) qui terminera la construction. Ptolémé Philadelphe monte sur le trône à 25 ans en -282 et épouse sa sœur aînée Arsinoé II ( d'où son surnom ? ) : c'est la première d'une longue série d'unions incestueuses censées garantir l'essence divine de la dynastie. Il accroît un empire déjà très vaste, modernise l'agriculture et fait édifier de nombreux temples. Sous son règne, on traduit la Bible en grec : la Septante. Alexandrie attire de nombreux savants auxquels on fournit d'excellentes conditions de travail pourvu qu'ils exaltent la gloire des Lagides. Il meurt à 63 ans en -247.

Le monument comprenait trois étages.

Le premier était de forme carrée et légèrement pyramidal ; il était bâti sur une plateforme d'une dizaine de mètres de hauteur ; une large rampe reposant sur seize arcades voûtées permettait d'y accéder ; ce premier étage mesurait 72 m de haut sur 30,60 m à la base ; il se terminait par une rambarde de 2,30 m de haut ; il contenait une rampe en colimaçon sur laquelle des bêtes de somme montaient le combustible jusqu'au sommet du premier étage, ainsi qu'une cinquantaine de pièces intérieures dotées de fenêtres qui servaient à loger le personnel et stocker le combustible ; des escaliers menaient ensuite aux étages supérieurs, mais à partir de là, le transport se faisait à dos d'hommes.

Le deuxième étage était de forme octogonale et mesurait 35 m de haut, chaque côté de l'octogone mesurant 6,80 m. Il était suivi d'un troisième étage, de forme cylindrique, haut de 9 m pour 8,60 m de diamètre. L'ensemble atteignait 130 m de haut, statue comprise.

 

Image hébergée par servimg.com

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La décoration sculpturale se composait des statues colossales du couple royal ( 13 m pour 20 tonnes chacune ) placées de chaque côté de l'entrée principale ( qui mesurait aussi 13 m de haut ), le roi à gauche, la reine à droite ; des tritons munis de cornes de brume étaient placés aux angles du premier étage et une statue était dressée au sommet de l'édifice. On n'a jamais su exactement ce que représentait cette statue ( pas Nikanor, en tout cas ) : il pouvait s'agir de Zeus, comme l'affirme un poème de Posidippos ( -III° siècle ), de Poséidon, dieu de la mer, comme l'atteste une représentation retrouvée sur un gobelet de verre du -II° siècle, ou encore d'Hélios, dieu du soleil, représenté sur une mosaïque datée du VI° siècle. Et pourquoi pas les unes et les autres successivement ? Le phare figure sur des monnaies frappées à partir du II° siècle ; il comporte selon les cas deux ou trois étages, et la statue et les tritons du premier étage sont toujours représentés. Sur la dernière image de l'album, le texte parle de Zeus Ptolémée tandis que la statue porte le trident de Poséidon.

On ne sait pas non plus comment fonctionnait précisément le phare, quel en était le combustible utilisé, ni comment le feu s'agençait avec la statue, au risque de la faire fondre si elle était en métal. L'archéologue Jean-Yves Empereur : « Comment protégeait-on ce feu du vent qui est souvent violent, de la pluie, des embruns ? On sait seulement qu'il y avait un feu de nuit et un filet de fumée qui guidait les voyageurs pendant la journée. » Voilà qui ressemble aux colonnes de feu ou de fumée qui guidaient Moïse et les Hébreux pendant l'Exode vers la Terre Promise ; le phare aurait-il inspiré les rédacteurs de laSeptante ?

Construit en calcaire local blanc et en granit d'Assouan, le phare fonctionna pendant près de 17 siècles. Mais le sol d'Alexandrie s'affaissant peu à peu, il se retrouva les pieds dans l'eau, et les nombreux séismes de la région le fragilisèrent. Durant l'été 365, un tsunami avec des vagues de plus de 20 m de haut envoya des bateaux jusque sur les toits des maisons et dans le désert, et fit souffrir le phare. Entre 320 et 1303, il y eut 22 séismes. En 796, le troisième étage s'écroula et fut remplacé par une mosquée. En 956, des pans se lézardèrent et l'édifice perd alors 22 m. En 1261, un nouveau séisme en fait s'effondrer une nouvelle partie. Le coup de grâce lui fut donné lors du séisme de 1303. Vers 1450, le sultan Qaitbay utilisa les décombres pour construire la citadelle qui porte son nom.

Depuis 1961, mais surtout depuis 1994, les archéologues explorent la rade et remontent des statues et des morceaux du phare.

 

Plutôt que cet orgueilleux phare, il me semble que la vraie merveille d'Alexandrie était sa célèbre bibliothèque, la plus grande du monde antique.

Le sanctuaire des Muses ( mousaiôn ), c'est le Musée d'Alexandrie, là, où entre autres activités, on joue de la musique. En effet, c'est aux Muses qu'on attribue l'inspiration philosophique ou artistique. Le Musée ressemblait à une Académie des Sciences et des Arts. Les savants y demeuraient à résidence, bénéficiant de divers privilèges : nourriture et exemption d'impôts. Mais le plus grand de ces privilèges était l'accès aux trésors incomparables de la Bibliothèque.

« Bibliothéke » signifie « rayonnage », ceux sur lesquels on dépose les livres, ou plutôt les rouleaux, puis par extension l'ensemble des rouleaux, enfin les salles où étaient placées les « bibliothékés ».
Il n'y avait pas de salle de lecture, ni de pièce dédiée, les ouvrages étaient dispersés sur l'ensemble du Musée.
Le Musée et la Bibliothèque se trouvaient, ainsi que la Soma, le tombeau d'Alexandre, à l'intérieur du quartier du Palais Royal, qui représentait un bon quart ( nord-est ) de la ville d'Alexandrie.
Le Musée était constitué de salles où l'on se livrait à toutes sortes de recherches, de la dissection à l'astronomie. Il y avait aussi un réfectoire et un zoo, car le Musée abritait une collection d'animaux exotiques vivants.
Les rouleaux constituant les ouvrages se présentaient sous la forme de papyrus enroulés autour d'un bâton, que le lecteur tenait de la main droite tandis qu'il saisissait la feuille de la main gauche. Chaque rouleau était étiqueté avec mention du titre, du nombre de lignes, parfois de la première ligne de l'œuvre pour distinguer les textes homonymes. Le classement était l'objet du plus grand soin : le catalogue, œuvre d'un directeur de la Bibliothèque, Callimaque, occupait à lui seul 120 rouleaux.
Ptolémée 1er fonda la Bibliothèque sur l'inspiration d'Aristote, qui avait été le précepteur d'Alexandre : c'était un bon moyen de se référer à deux modèles illustres dans leur aspiration à l'universel et leur volonté de rassemblement du savoir.
Ptolémée II la développa et dirigea personnellement les opérations : « Il écrivit des lettres dans lesquelles il demandait aux rois et aux grands de ce monde de lui envoyer des œuvres de quelque nature qu'elles fussent : poésie, prose, rhétorique, sophistique, magie, histoire ou tout autre. » ( Épiphane, IV° siècle ).
Ptolémée III poursuivit l'œuvre : « Il était si ambitieux et si fastueux en ce qui concernait les livres, qu'il ordonna que tous les livres de ceux qui débarquaient à Alexandrie lui soient apportés, afin qu'on en fasse immédiatement des copies et que l'on rende aux visiteurs non pas les originaux, mais les copies. » ( Zeuxis, -II° siècle ). On appela ces ouvrages : « les livres de navires ».
Il ne nous reste aucun vestige de la Bibliothèque : aucun papyrus, aucun rayonnage, aucun portique. Sa localisation elle-même est incertaine et sa destruction l'objet de nombreuses polémiques. On ne sait même pas combien il y avait de rouleaux, probablement entre 500 000 et 700 000. Et on ne se contentait pas de lire et de commenter, on traduisait et on éditait aussi des copies pour le public : 28 drachmes pour mille lignes, nous apprend un papyrus du II° siècle.
Parmi ces traduction, il y a la Septante, traduction de la Bible en grec  et aussi celle des textes religieux fondamentaux de l'Égypte, que Ptolémée II commanda à Manéthon de Sebennytos.
 

Les Ptolémée étaient de grands collectionneurs et ils avaient eu l'ambition de rassembler non seulement les ouvrages de la littérature grecque, mais également des oeuvres écrites dans d'autres langues. Ptolémée demanda donc aux autres nations de l'Antiquité de lui envoyer leurs manuscrits historiques, philosophiques, scientifiques ou littéraires et il les fit traduire en langue grecque par une cohorte d'intellectuels et de savants. C'est d'ailleurs à cette époque que fut écrite la Bible des Septante, qui fut pendant 2000 ans le texte de référence pour les chrétiens. Après quelques décennies, la bibliothèque avait rassemblé plus de 500'000 ouvrages, tous patiemment recopiés sur des rouleaux de papyrus par une armée de scribes (qui étaient bien souvent de simples esclaves). Tout le savoir de l'humanité avait ainsi été rassemblé en un seul lieu, et c'était devenu une sorte de temple du savoir.
Lorsque Jules César envoie Alix à Alexandrie pour une nouvelle mission, nous sommes probablement en -48 avant JC. La bibliothèque est toujours intacte,mais il ne reste plus que quelques mois avant sa destruction. Au début de l'histoire, Alix et Enak ont été accueillis par le bibliothécaire Clisthène et celui-ci les fait travailler sur d'anciens manuscrits, afin de leur permettre de passer inaperçus. Ce galopin d'Alix passe toutefois son temps à s'échapper de la bibliothèque (pour chercher l'aventure) plutôt que de profiter de cette chance unique de découvrir des documents rares. 
Le bibliothécaire était un personnage important et de nombreux lettrés rêvaient d'obtenir cette place. Il avait également un certain pouvoir politique et, devant choisir entre le jeune Ptolémée et Cléopâtre qui luttent pour s'approprier le pouvoir, Clisthène a décidé de soutenir la reine. Alexandrie est alors une ville dangereuse dominée  par les rivalités, les complots et les morts violentes.

Il me semble donc qu'il n'est pas inutile de rappeler le contexte historique dans lequel va se mouvoir notre héros. Depuis qu'ils ont succédé à leur père Ptolémée XII Aulète. Le testament de Ptolémée XII, mort en -51, laissait le pouvoir en co-régence à Ptolémée XIII et à sa sœur-épouse Cléopâtre VII. Celle-ci, alliée à César, évincera le roi qui se noie dans le Nil en -47 à l'issue d'une bataille. Elle règne ensuite avec un autre frère, Ptolémée XIV, qu'elle empoisonne, ainsi que sa sœur Arsinoé. Ptolémée XIII et Cléopâtre VII sont en constante opposition. En fait, le roi laisse gouverner ses trois principaux conseillers : le vizir Pothinus ( un eunuque ), le général Achillas, chef des armées, et un certain Théodotus. Ces trois-là s'opposent parfois entre eux, leur seul point commun étant de circonvenir le souverain et d'écarter la reine des affaires. Cléopâtre ne se laisse pas faire, mais elle doit céder, à son corps défendant : du milieu de l'année -49 au milieu de l'année -48, elle quitte l'Égypte et se réfugie en Syrie où elle cherche à lever une armée de mercenaires. Elle y réussira et regagnera l'Égypte, mais ce sera pour tomber à Péluse sur les troupes de Ptolémée. Il n'y aura pas de confrontation cette fois-ci, ce sera pour plus tard, quand les Romains, après plusieurs mois de siège dans Alexandrie, auront reçu des renforts. En attendant, les évènements se sont précipités : Pompée, vaincu à Pharsale le 9 août -48, débarque pour se mettre à l'abri en Égypte où il croit que les nouveaux souverains sont dans le même état d'esprit à son égard que feu Ptolémée XII et le protégeront. Mais Ptolémée XIII et Pothinus ont entendu parler de la victoire de César, et, pour se faire bien voir du nouvel homme fort de Rome, font exécuter Pompée. César en est fort mécontent quand il débarque à son tour en octobre -48 ( aurait-il voulu se rabibocher avec son ancien complice devenu ennemi ? ) et prend les choses de haut avec Ptolémée et ses conseillers. C'est alors que Cléopâtre, qui a été tenue à l'écart jusqu'à présent, rencontre enfin César, avec ou sans tapis. Une émeute de la population d'Alexandrie  oblige César et ses hommes, en trop petit nombre pour faire face, à se retrancher dans le Palais royal. Une armée formée au Proche-Orient vient enfin à leur secours et bat les troupes d'Achillas au début de -47. Ptolémée et Pothinus sont liquidés, Cléopâtre a le trône, l'Égypte et César pour elle toute seule. Elle va régner pendant 17 ans.

Le Démon du Pharos, une aventure d'Alix, dessinée par Christophe Simon, scénarisée par Patrick Weber

A Rome, les choses ne sont pas plus simples. Si nous sommes en -50, comme c'est probable, César a terminé la pacification de la Gaule, et il gère sa conquête en proconsul consciencieux. Il assure qu'il lui reste du temps de commandement à faire dans sa province et demande la permission de se présenter aux élections du consulat sans être présent à Rome. Un succès le préserverait des poursuites judiciaires dont ses ennemis politiques le menacent : ils l'accusent d'abus de pouvoir en Gaule. Mais ses adversaires affirment aussi qu'il a épuisé la durée du pouvoir pour lequel il était désigné en Gaule, qu'il se trouve réduit au rang de simple particulier et qu'il peut être traîné devant les tribunaux.

Les uns et les autres ont raison, mais il est évident qu'ils ne calculent pas de la même façon. César compte deux fois cinq ans : sa province lui a été accordée par le Sénat pour 5 ans, de -58 à -54, et cette durée a été renouvelée de -53 à -49. Ses adversaires font partir la seconde étape du jour où la loi la concernant a été votée, soit un an avant la fin de la première étape, ce qui fait 5 + 4 = 9 ans, se terminant donc à la fin de -50, et non pas à la fin de -49 comme le soutient César.
A cette argumentation juridique, il faut ajouter le conflit d'ambition entre César et Pompée. Depuis son camp de Ravenne, César envoie des messagers à Rome où il a l'appui des tribuns de la plèbe. Il n'est pas certain qu'il eût été très heureux si ses exigences avaient été acceptées. Par chance pour lui, les Sénateurs les plus durs, sans doute appuyés par Pompée, refusent toutes ses requêtes.
Le 12 janvier -49, César franchit le Rubicon. Non seulement il ne veut pas être traduit en justice, mais encore il n'entend pas laisser le champ libre à Pompée. En s'engageant dans cette nouvelle phase de la guerre civile, il risque davantage qu'en combattant les Gaulois : il aurait contre lui des légionnaires menés par un chef qui a fait ses preuves. Cette guerre, il pourrait ne pas la gagner...
 

Dès le "Sphynx d'or" Jacques Martin nous avait montré le phare d'Alexandrie


Le Démon du Pharos nous raconte en fait une aventure policière, dominée par les intrigues et les complots de Ptolémée et de Cléopâtre. Au cours de son enquête, Alix découvre progressivement la fourberie de Polynice, le maître du phare qui est devenu le chef d’une bande de pirates afin de s’enrichir. L'intrigue est relativement complexe. Les péripéties sont assez nombreuses mais, curieusement, les images les plus marquantes correspondent à des portraits. il y a ainsi ce gros plan sur le visage de Philippos, cet élève énigmatique qui se place en rival d'Alix, et qui l'aide tout en souhaitant le faire partir... Au risque de me répéter je constate que cette intrigue est à l'étroit dans ses 46 pages. Les 64 pages du "vieux" format n'auraient pas été de trop pour un scénrio aussi complexe.




Il y a bien des combats et des poursuites dans le Démon du Pharosmais l'histoire avance plutôt sur un rythme tranquille. L'intérêt des auteurs pour les personnages semble prédominer sur le plaisir de l'aventure. Une séquence tout à fait exemplaire me semble être ainsi l'apparition de Cléopâtre. Le visage d'une femme voilée apparait soudain au grand jour, dans toute sa beauté. On voit bien que ce que Christophe Simon préfère dessiner ce sont les visages et corps humains.

 

Le dessin ci-dessous pour la recherche d'une couverture de l'album, révèle pourquoi Christophe Simon est supérieur pour le dessin des personnages à tous les autres repreneurs de la série des Alix. Tout simplement parce qu'il ne fait pas fi des leçons de la peinture classique et en particulier de celles de David qui commençait toujours par dessiner nu les personnages qui peuplaient ses tableaux. Il les habillait ensuite. Christophe Simon fait de même ce qui lui évite de faire les grossières erreurs d'anatomie que font ses confrères qui ont souvent la fâcheuse habitude de faire commencer les jambes d'Alix et d'Enak juste en dessous de leur tunique! 

Christophe Simon est moins habile en ce qui concerne les visage en particulier celui d'Alix qu'il a du mal, tout comme ses confrères, à "tenir". 

Le dessin de Simon est un peu trop figé, cette impression est encore accentuée par un encrage un peu trop gras. Le dessinateur a vieilli les deux héros. Ce sont plus des jeunes hommes que des adolescents. Alix peut avoir 19-20 ans et Enak 16-17.

Le gaufrier de l'album est assez sage. Les pages sont divisées en trois bandes, elles même scindées en deux ou trois cases.

Les couleurs très réussie, jamais criardes sont dues à Bruno Wesel.

 

Comme dans un album de sa série Sparte, Christophe Simon s'est dessiné. Serait-il un brin narcissique? C'est page 26. Le dessinateur s'est représenté en assistant du sculpteur Désmosthème.

 

La preuve. D'abord dans l'album :



Et dans la réalité :



Les scènes de combat ne semblent pas être la spécialité du dessinateur. Relevons tout de même une belle séquence de combat naval, avec une attaque de pirates racontée avec précision, mais elle semble se dérouler en pleine nuit. Est-ce bien réaliste, car les manoeuvres de bateaux ne pouvaient se faire que pendant la journée à l'époque antique ?


C'est la deuxième aventure d'Alix entièrement due à Christophe Simon au dessin ; il est signalé une participation aux décors de Manuela Jumet.
La gigantesque métropole qu'était Alexandrie ne nous est montrée qu'avec parcimonie. On voit souvent le phare, mais il n'y a sinon que quelques vues sur le port ainsi que des  images de rues qui nous montrent une foule en pleine activité. On est plongé vraiment dans une ville vivante et colorée où l'on croise des représentants de toutes les populations existant autour de la Méditerranée et même plus loin. On va à peu près partout avec le même bonheur : au port, dans le Phare, dans la Bibliothèque, au palais royal, dans l'atelier du sculpteur Démosthène, et, bien entendu, dans les rues. On aurait souhaité un peu plus de plans généraux sur la ville, pour mieux préciser le contexte. Il n'y a aucune vue d'ensemble, alors que la disposition des bâtiments dans la ville est assez bien connue, et on ne comprend pas toujours très bien comment les personnages vont d'un endroit à un autre. On peut compléter la lecture de cet album par "L'Odyssée d'Alix", tome 1, pages 38/39 dans lequel figure la visite du tombeau d'Alexandre. on y voit également un peu les palais dans les pages suivantes ainsi que la grande artère est-ouest qui traversait la ville ( 30 m de large, paraît-il ) s'appelait la voie Canopique, ou Via Canopia, parce qu'elle prenait la direction du port de Canope, à l'est d'Alexandrie. 



Ces petites réserves étant exprimée, il faut dire que le Démon du Pharos est un bel album. Le "Démon de Pharos", paru en 2008, confirmait la direction plus adulte de la série amorcée par Jacques  Martin depuis quelques albums et son aspect beaucoup plus documentaire développé par ailleurs dans la série parallèle : "Les voyages d'Alix ". Cette orientation se maintiendra mais ne s'emplifiera pas. Alix senator étant arrivé, série clairement plus adulte maigrè un pusillanisme coté sensualité que n'a bien sûr pas Christophe Simon. Le démon de Pharos est un album qui est digne de la tradition de qualité que souhaitait préserver Jacques Martin

 
Le Démon du Pharos, une aventure d'Alix, dessinée par Christophe Simon, scénarisée par Patrick Weber
Le Démon du Pharos, une aventure d'Alix, dessinée par Christophe Simon, scénarisée par Patrick Weber
Le Démon du Pharos, une aventure d'Alix, dessinée par Christophe Simon, scénarisée par Patrick Weber
Le Démon du Pharos, une aventure d'Alix, dessinée par Christophe Simon, scénarisée par Patrick Weber

 Pour retrouver Alix et Jacques Martin sur le blog

 
Pour retrouver Christophe Simon sur le blog: Sparte, tome 2, Ignorer toujours la douleur de Simon et Weber     
 

Deux vidéos de Jacques Martin interviewé sur Youtube en 1 et en 2

Tous les Alix chroniqués sur le blog d'argoul 

Pour ne rien manquer de l'actualité "martinienne" il faut aller sur l'indispensable site alix mag

Le Démon du Pharos, une aventure d'Alix, dessinée par Christophe Simon, scénarisée par Patrick Weber

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L'ile de Giovanni, un film de Mizuho Nishikubo (réédition complétée)

Publié le par lesdiagonalesdutemps

L'ile de Giovanni, un film de Mizuho Nishikubo (réédition complétée)
L'ile de Giovanni, un film de Mizuho Nishikubo

Plus le temps passe, plus en ce qui me concerne, l'incarnation d'un personnage à l'écran fait obstacle à mes émotions. Je ne suis jamais autant ému au cinéma que devant des animés. Je l'ai été jusqu'aux larmes devant « L'ile de Giovanni » comme je l'avais été devant « Lettre à Momo » (qui se déroule également sur une petite ile) ce qui ne m'est pas arrivé devant un film avec des acteurs depuis si longtemps que je n'en ait plus le souvenir.

Le film a pour toile de fond un épisode peu connu de l'Histoire du Japon (y compris dans l'archipel). A partir de 1945, Shikotan, une petite ile isolée du nord du Japon (au nord est d'Hokaido) a été occupée par les troupes soviétiques. Puis en 1947 la population fut déportée sur la cote nord de l'Union Soviétique. Nous vivons cet épisode tragique par l'intermédiaire de deux frères Junpei d'une dizaine d'années et Kanta moitié moins âgé. Tout est raconté à travers le regard de Junpei.

L'ile de Giovanni, un film de Mizuho Nishikubo

Petit précis historique: A la conférence de Yalta, Roosevelt a proposé à Staline la Sakhaline du sud et les iles Kouriles en récompense des efforts de guerre des soviétiques. L'armée rouge dès le 19 aout, soit trois jours après la défaite du Japon annexe ces territoire. Depuis les japonais arguant des failles dans les différents traités militaires réclament la restitution des iles. Le contentieux entre le Japon est la Russie reste ouvert jusqu'à aujourd'hui.

Sur le plan historique Mizuho Nishikubo a déclaré: << J'ai tenté d'être le plus réaliste possible historiquement sans chercher à interpréter les événement. Il n'y a pas de gentils ou de méchants. Le film ne cherche pas à véhiculer un message précis ou une thèse.>>.

Le cinéma d’animation japonais n’en finit pas de scruter les blessures qu’ont laissées la seconde guerre mondiale et ses prémices. Il le fait avec une certaine nostalgie, comme Miyazaki avec Le Vent se lève, ou avec colère et dépit comme Isao Takahata dans Le Tombeau des lucioles.

Le film est scindé en deux parties. La première raconte la cohabitation des habitants de Shikotan (environ 300) avec les occupants. On suit surtout la vie mouvementée des deux frères et leur amitié avec la fille d'un officier russe. La seconde beaucoup dramatique narre la déportation de la famille au goulag dans la glaciale ile de Sakhaline. Le père de Junpei et de Kanta est arrêté. Les enfants sont confiés aux bons soins de leur institutrice, Sawako et de leur oncle Hideo. L'acmé du récit est le long voyage des enfants pour retrouver leur père, commandant des forces de défense de l'ile qui a été envoyé dans un camp de prisonniers.

L'ile de Giovanni, un film de Mizuho Nishikubo

La coupure entre les deux époques est renforcée du fait que le réalisateur a fait de l'ile russe, l'antithèse de l'ile japonaise. Autant cette dernière est ensoleillée (sans doute beaucoup plus dans l'animé que dans la réalité), les couleurs chaudes dominent autant Sakhaline est peinte en tons froids où le bleu de la glace s'impose.

L'atmosphère très dramatique du film est tempérée par le fait que tout le récit est la remémoration de Junpei qui se souvient de ces années terribles alors qu'il revient pour la première fois dans l'ile cinquante ans après avoir été contraint à la quitter; on comprend donc qu'il a survécu aux épreuves qu'il a enduré, et surtout par des intermèdes oniriques issus de « Train de nuit dans la voie lactée ». Un livre qu'admirent les deux gamins. Ce livre pour enfants, de Miyazawa est célèbre au Japon. Il a pour héros un garçon du nom de Giovanni, d'où le titre du film. Ces passages fantastiques sont d'un graphisme différent du reste du film. Ces morceau où les enfant s'évadent dans leur imaginaire, interviennent lors des passages les plus bouleversants, allégeant la pesante atmosphère du récit. Ils sont comme une respiration.

L'ile de Giovanni, un film de Mizuho Nishikubo

Le scénario pratique beaucoup l'ellipse, suggérant plus qu'il ne montre, tout en restant parfaitement claire et compréhensible pour des enfants; même si le film est plus destiné aux adultes et aux adolescents en raison de la noirceur de cette histoire.

L'ile de Giovanni est tiré d'une histoire vraie. A l'origine du scénario de Sugita et Sakurai, on trouve le témoignage d'Hishori Tonuko qui a vécu à Shitokan et a connu l'annexion de son ile par l'armée soviétique. Les scénaristes ont toutefois modifié les faits, en particulier le tempo de l'action pour les besoins de la dramaturgie du film.

Le graphisme des personnages est simplifié. Ils se meuvent dans des décors magnifiques assez réalistes sans être jamais photographiques. Les décors du film sont dus à l'argentin Santiago Montiel qui travaille depuis dix ans en France. Nous sommesdans le réalisme poétique avec des teintes peu éclatantes, assez douces, notamment la nuit ou dans la pénombre des forêts.

A noter que les voix des enfants sont faites par des enfants ce qui est assez rare au Japon et renforce encore la véracité et donc l'émotion que génère cette tragédie. Le casting des voix est très soigné. Le réalisateur s'est rendu à Moscou pour enregistrer les voix de Tanya, de ses parents et des soldats soviétiques. Pour le chant en russe durant la classe, il a fait appel à un choeur professionnel, à qui il dut demander plusieurs fois de réfréner leur talent pour qu'ils aient plus l'air d'enfants normaux à la chorale de l'école.

Comme presque toujours dans les longs métrages d'animation japonais, la musique a une grande importance dans « L'ile de Giovanni ». Ce qui n'est pas surprenant puisque le film est coproduit par la JAME, la Japan Association of Music Enterprises, qui célèbre avec L'île de Giovanni son cinquantenaire. Il s'agit de leur première incursion dans le milieu cinématographique, en tant que producteur et non de compositeur musical. Pour ma part j'ai surtout apprécié les chants traditionnels russes et japonais que l'on y entend dans la première partie.   

L'ile de Giovanni, un film de Mizuho Nishikubo

L'auteur du film est un vétéran de l'animation japonaise. Mizuho Nishikubo a longtemps été le collaborateur de Mmoru Oshii. Il était son directeur de l'animation. L'île de Giovanni est son troisième long-métrage et ses deux précédents, Atagoal: Cat's Magical Forest (2006) et Musashi : The Dream of the Last Samurai (2009) n'ont jamais été distribués en France.

Le film a été initié, il y a une dizaine d'année et sa réalisation a pris trois ans.

« L'ile de Giovanni » fait beaucoup penser au « Tombeau des lucioles » le chef d'oeuvre d'Isao Takahara qu'il n'est pas loin d'égaler. 

L'ile de Giovanni, un film de Mizuho Nishikubo

 

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Pourquoi mon fils?, un court métrage de Lucas Morales

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Pourquoi mon fils?  un court-métrage français sur un coming out un peu rude... Deux copains gays décident de faire leur coming out auprès de leurs parents et obtiennent des résultats complètement différents. Ce qui fait prendre un virage assez sombre et inattendu à ce court-métrage

Pourquoi, mon fils?
Réalisateur: Lucas Morales
Moulage: Yann Babilée, Lucas Morales, Josef Mlekuz, Jean-Michel Ricart, Agnès Rivière 
France | 2015 | 21 min

 

Publié dans cinéma gay

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street art à Paris, janvier 2016

Publié le par lesdiagonalesdutemps

street art à Paris, janvier 2016
street art à Paris, janvier 2016
street art à Paris, janvier 2016
street art à Paris, janvier 2016
street art à Paris, janvier 2016
street art à Paris, janvier 2016
street art à Paris, janvier 2016
street art à Paris, janvier 2016
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street art à Paris, janvier 2016
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street art à Paris, janvier 2016
street art à Paris, janvier 2016
street art à Paris, janvier 2016
street art à Paris, janvier 2016
le street art ce sont souvent les vitrines

le street art ce sont souvent les vitrines

et parfois les affiches, Paris, janvier 2016

et parfois les affiches, Paris, janvier 2016

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Masashi-Wakui

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Que la jeunesse...

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Que la jeunesse...
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