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Hans Thoma 1839-1924 (2)

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La classe des garçons de Francis Lacombrade (réédition complétée)

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La classe des garçons de Francis Lacombrade

Je profite du compte rendu de ce roman à l'obscur renommée mais au titre O combien évocateur, « La classe des garçons », je précise pour allécher le chaland qu'il s'agit d'une classe de danse vue par un des jeunes élèves qui espère, après le dressage qu'il subit, intégrer l'Opéra de Paris, pour essayer d'expliquer que mon exigence en ce qui concerne la datation précise dans les romans que je lis ne relève pas seulement d'une lubie, que seule la sénilité pourrait expliquer et éventuellement excuser, mais qu'elle est indispensable pour une bonne et agréable compréhension d'un roman. Arrivé à la centième page de « La classe des garçons », qui en compte 216 et est paru aux éditions Gallimard en 1980 dans la collection blanche, nous sommes toujours dans le flou absolu quant à l'époque où se déroule cette histoire, même la ville qui est son décor, des plus flou lui aussi, n'est mentionné que sous la lettre X; ce qui est ridicule ne voyant pas bien où cela pourrait se passer ailleurs qu'à Paris... On peut me rétorquer que l'apprentissage de danseur de Julien, le narrateur, sous la férule d'un maitre à la fois sadique et libidineux ne serait pas fondamentalement différent si cela avait lieu en 1930 ou 1980. Peut être, mes connaissances du milieu de la danse ne sont pas assez étendues pour infirmer ou confirmer cette éventuelle contradiction.

Lorsqu'on lit un roman « on se fait son cinéma » et il n'est pas pareil, par exemple, lorsque apparaît le mot automobile de visualiser une Rosalie, une Traction avant ou une D.S. 19 pour rester que dans les véhicules produits par la marque Citroen. De même , pour prendre un autre exemple, mais ils sont infinis, lorsque l'on imagine la vêture d'un jouvenceau, si nous sommes en 1935 on l'habillera d'une culotte de golf, alors qu'en 1970 on gainera ses jambes d'un jean moulant. Ce n'est pas la même chose dans le paysage mental (et la libido) du lecteur. Même si dans cet ouvrage on sort peu du studio de danse, la matière du collant qui moulait les fessiers de Noureev ou ceux de Serge Lifar n'était pas identique!

Lorsqu'on est en présence d'un ouvrage qui ne se proclame pas dès les premières lignes, être un roman historique ou un roman dans l'histoire, où celle-ci n'est pas qu'un décor mais tient la première place, on subodore que l'action se déroule peu ou prou à la date de la parution de l'ouvrage. Très vite cela m'a paru ici peu probable. Tout d'abord en raison des descriptions qui ne manquent pas mais qui sont toujours en plans serrés ou moyens, pour employer un langage cinématographique. Lacombrade prenant visiblement comme modèle le roman balzacien. D'autre part le ton assez gourmé qu'utilise le garçon dans les lettres qu'il adresse à ses parents, resté à Toulouse, semble d'un autre temps, disons de l'avant guerre. Si l'auteur s'étend sur la description de lieux, comme la chambre de Julien (un prénom assez moderne, lui) on ne sait rien de l'aspect de ce dernier. On peut supputer qu'il ne doit pas être trop mal de sa personne, à l'empressement que le maitre à de frôler ses fesses et son sexe. J'ai donc pensé, jusqu'à la cinquantième page environ que nous étions dans les années trente et voilà qu'à ce moment surgit la télévision et un grand mécène de la danse fort décati et marquis de son état qui m'a immédiatement évoqué le marquis de Cuevas... Déjà auparavant la colère d'un certain K. (une des seules allusions à ce qui peut se passer en dehors du petit monde de la classe de danse) m'avait évoqué le célèbre et furieux déchaussement de Nikita Kroutchev à la tribune de l'O.N.U. En 1960 si je ne m'abuse... Je pencherais donc pour dater les émois chorégraphiques de Julien au tout début des années 60 d'autant qu'à la fin du volume le garçon réclame à ses parents sa carte d'identité mentionnant qu'il n'est pas recommandé en ce moment de se promener dans la ville sans une pièce d'identité, on peut donc penser aux dernières années de la guerre d'Algérie...

La classe des garçons de Francis Lacombrade

Paradoxalement le coté hors sol et hors temps du roman, ce qui est pour moi généralement rédhibitoire, convient parfaitement au sujet car je ne connais aucune caste plus repliée sur elle même et plus égotiste que celle des danseurs. Le danseur peine à voir plus loin que le bout de son chausson...

A propos de danse, j'ai été très rapidement interloqué par cette classe préparatoire à un concours permettant d'intégrer le ballet de l'Opéra, car des souvenirs conjoints et certes fort anciens, d'une part d'un ancien petit ami, hélas trop tôt enlevé à mon affection, et d'autre part ceux du délicieux feuilleton télévisé, « L'âge tendre » (hélas peuplé que de petits rats de sexe féminin) m'avaient fait penser que pour se mouvoir sur la scène du grand Opéra, il fallait passer obligatoirement par l'école de danse de celui-ci, je me souviens du temps où la férule de cet établissement était tenue par Claude Bessy... Peut-être qu'un lecteur pourra m'éclairer sur les différentes façons d'entre dans le corps de ballet de l'Opéra de Paris.

Il y a d'emblée quelque chose d'un peu désagréable dans ce roman et pour tout dire d'assez faux cul, alors qu'il n'y est question que d'homosexualité et de pédérastie, le héros, pourtant dévoré d'ambition, et cancanant avec complaisance sur combien la promotion canapé était en vogue dans le milieu des danseurs, ne cesse de jouer les saintes nitouche, faisant comprendre qu'il ne mange pas de ce pain là. Qu'on se le dise notre futur étoile n'est pas de la brioche infernale comme le disait le trop peu lu désormais Alphonse Boudard, et c'est bien dommage... Julien le claironne page 57, ruinant ainsi les espoirs du lecteur qui pouvait attendre quelques intermèdes croustillants entre les entrechats...

Curieusement, alors que l'effet répétitif du récit, fait principalement des rancoeurs de Julien envers son maitre, menaçait de lasser le lecteur le plus pugnace, voilà que la plume de notre Lacombrade s'échauffe sérieusement à partir de la centième page environ. Nous offrant quelques morceaux d'anthologie pédérastique.

La classe des garçons de Francis Lacombrade

Je ne sais rien de Francis Lacombrade, supposant seulement que l'auteur est le même Francis Lacombrade qui joue le rôle de Georges dans le film de Jean Delannoy de 1964 « Les amitiés particulières » d'après le roman de Roger Peyrefitte. La toile étant muette sur lui, peut être qu'un de mes dévoués lecteurs sera plus loquace sur le cas de Francis Lacombrade (?); je me fies donc au quatrième de couverture pour en savoir un peu plus. J'y apprend qu'il a écrit une dizaine de pièces et adaptations, de Flaubert, d'Henry James et de Mauriac... Ce qui ne cesse de me surprendre car le propre d'un auteur de théâtre est de proposer aux spectateurx une progression dramatique et force est de constater qu'il n'y en a aucune dans ce roman.

Tout aussi problématique pour l'art romanesque de l'auteur est son impossibilité de créer, du moins avec en ce qui concerne ses jeunes créatures, des êtres qui existent vraiment. On a même du mal à croire en ce Julien aussi timoré et dissimulé qu'un adolescent mauriacien...

Heureusement Lacombrade est plus en verve avec les barbons libidineux. Comme en témoigne ce portrait du maitre:

<< Torse nu, une serviette éponge nouée à la naissance de la bedaine, le maitre y continuait en grondant sa toilette. Il nous foudroyait mais il se montrait nu, faible, dépouillé. La distance qui subsistait entre le disciple et lui n'était pas si grande, un geste eût suffit à l'abolir! Ce geste, il ne le faisait jamais. Il intoxiquait jusqu'à ce qu'il l'obtint (…) Presque toute la classe a comparu, à tour de déshonneur, dans ce confessionnal où le prêtre officiait presque nu, dans cette antichambre aux miroirs qui multipliaient en tant de reflet la hideur du pardon qu'on nous y proposait sous la forme d'un corps vieux (…) De ce regard vide et amène qui convient à la scène, on contemplait ainsi le vieux bébé colérique sur son bidet, notre maitre, en train de s'éclabousser d'eau savonneuse l'avenir des danseurs. >>

Il y a du Fagin dans ce personnage nous voilà après Balzac chez Dickens, « La classe des garçons » est bien dix-neuvièmiste...

Le livre contient de très beaux passages. L'auteur à le chic pour trouver des assonances heureuses de mots. Mais un roman n'est pas que quelque morceaux de bravoure flottant dans un brouet clairet. C'est aussi une construction. Le plan du roman bien que classique est assez habile. L'auteur choisit de faire alterner le récit du quotidien de Julien avec les lettres qu'il écrit à ses parents. Malheureusement cette architecture est mal exploitée. Il n'y a pas assez de rupture de ton entre le récit du garçon que l'on apprend seulement vers la moitié du roman être un journal qu'il tient quotidiennement et sa correspondance. Le journal est beaucoup trop timide d'autant que Julien écrit qu'il est un exutoire et quant à ses missives, elles sont à la fois un peu trop osées, Julien ne cache rien à ses parents des avances que lui fait le maitre tout en leur recommandant de lui envoyer des fleurs pour son anniversaire! et d'un ton compassé qui renvoie au début de l'autre siècle.

La justesse de certains tableaux et personnages fait penser que l'auteur à très bien connu le milieu des aspirants étoiles et que Julien n'est peut être qu'un autre lui-même, mais il aurait peiné à insuffler de la fiction dans ses souvenirs (je ne connais pas assez ce milieu pour trouver le trousseau car il se pourrait bien que cette « Classe des garçons » soit un roman à clés).

Avec une innocence qui serait, il me semble impossible aujourd'hui, Lacombrade, aborde certains sujets qui sont tabous, ou du moins très rarement abordés dans le roman, comme la concupiscence d'un maitre pour ses élèves ou l'âpreté des mères pour faire avancer la carrière de leurs rejeton.

<< Gorgées de doutes, menacées de sanctions, de malédictions vertigineuses, enivrées au seul parfum des conquêtes promises, les mères livraient ainsi, en toute tranquillité d'âme, leur garçon au dard du gros insecte têtu qui enseignait l'envol.>>

Si ce roman est une véritable curiosité qui serait probablement impubliable aujourd'hui, sa lecture attentive explique pourquoi Francis Lacombrade n'a pas fait carrière en littérature.

 

Nota:

1- Je remercie Bruno de m'avoir permis de lire ce roman.

2- J'ai reçu via mon adresse e-mail le commentaire suivant sur ce roman:

 

Très discutable, votre chronique témoignant d'un vif intérêt rend mal justice à un livre remarquable (édité par Pascal Quignard chez Gallimard, toujours au catalogue)accueilli par une excellente critique louant précisément son style et l'inédit de son sujet... Vos correspondants seraient surpris d'apprendre que les "clés" suggérées ne sont pas les bonnes, s'agissant pour l'essentiel d'une oeuvre d'imagination qui se voulait intemporelle, qu'il y a erreur sur l'âge de l'auteur acteur qui continue d'être actif dans bien des domaines qui sont les siens... Il y a peu il donnait une conférence au Festival de Lugano de Martha Argerich autour de la reprise de sa comédie musicale "La Fugue" écrite en collaboration avec Alexis Weissenberg, dont il était le récitant... J'y étais... Voilà qui satisfera, en partie, la curiosité de vos correspondants... S'il est des questions auxquelles je peux répondre en ma qualité de connaissance de longue date, je suis prête à y répondre... Il est sain que trente ans plus tard un livre, un film,un personnage fassent débat voire polémique... En ce sens vos "diagonales" ont leur utilité...

 

 

Commentaires lors de la première édition du billet:

xristophe06/08/2014 16:55

Quatre commentaires, dont un mien, auquel vous répondiez B.A et qui furent publiés ici ont mystérieusement disparus . La Marque Jaune ?

 

B.A.06/08/2014 18:40

Je les ai rétabli sans doute un coup en effet de la marque jaune damned, à moi que ce soit une énième défaillance de l'hébergeur...

 
 

Martial05/08/2014 00:50

&quot;L'âge tendre&quot; est le titre d'un roman du jeune et brillant Charles Consigny. Le feuilleton dont vous voulez parler est sans doute &quot;L'âge heureux&quot;. Hélas, on n'est pas forcément heureux dans son âge tendre...

En 1969, avec Pierre Marsay (lui aussi comédien), il a publié deux romans policiers, &quot;Crime-Chantilly&quot; et &quot;Qui a découpé Henry James ?&quot;. 20 ans plus tard, il a de nouveau témoigné son intérêt à l'auteur bostonien en adaptant (librement) au théâtre son roman &quot;The Spoils of Poynton&quot;, sous le titre &quot;La Collection italienne.

Je me souviens des émissions de Francis Lacombrade la nuit, sur RTL, dans les années 1970. C'étaient des conversations avec les auditeurs, sur un ton feutré, dans le style de Gonzague Saint-Bris sur Europe 1, ou de la maîtresse de notre comique n°1, sur France-inter.

Je déduis d'un témoignage trouvé sur le net que sa Classe des garçons est sans doute autobiographique :

&quot;Il a ensuite écrit des livres, dont l'un, à clefs, décrivait la vie brisée dès le départ d'un tout jeune danseur, peut être lui, pris dans les griffes d'un illustre maître de ballet, à l’aura méphistophélique, et exerçant une domination impitoyable sur ses zélotes, dans une ambiance de harcèlement sexuel ; les traumatisant à vie. Et Lacombrade qui causait un jour de son livre avec des accents de sincérité blessée semblait avoir gardé une solide rancune contre ce personnages fameux, de renommée internationale, le plus célèbre de tous, qui a propulsé ses protégés au plus haut, enfin ceux qui acceptèrent les règles de son jeu...&quot;

Source : http://www.lesgensducinema.com/question.php?&amp;debut=550

Qui pourrait être cet illustre peloteur de petits rats ?

 

B.A.09/08/2014 07:46

merci pour cette information.

 
 

Martial08/08/2014 22:16

Il existe un Francis Lacombrade vivant aujourd'hui en Alsace, à Wiwersheim pour être précis. Son n° de portable est publié sur internet. Par discrétion, je ne le recopie pas ici, mais donne seulement le lien vers cette information (il faut descendre au bas de la page, avant-dernière ligne) :
http://fr-annu.com/L/LACOMBRADE-1.php
Je ne garantis évidemment pas que ce Francis Lacombrade soit le bon.

 
 

B.A.08/08/2014 10:22

Je vous remercie de ces nouvelles précision qui confirme ce que j'avais entendu parler que Lacombrade avait plus de la vingtaine pour jouer un personnage de 15 16 ans; chose que Montherlant n'aurait jamais accepté avec raison. 
Cette date de naissance de 1942 mettrait le présent de la classe des garçons vers 58 ce qui cadre assez bien avec l'atmosphère du roman.
Lacombrade aurait donc aujourd'hui 72 ans. J'aimerais bien avoir de ses nouvelles et converser avec lui de son imparfait mais intéressant roman. Ce livre aurait été meilleurs s'il avait bénéficié d'un bon éditeur (au sens anglo-saxon du terme on peut penser que cette organisation des lettres anglaises et américaines explique en grande partie leur actuelle supériorité).
La classe des garçons même si c'est un roman très probablement autobiographique, est tout de même un roman et non un livre de souvenirs. Lacombrade s'est servi certainement de plusieurs personnes pour construire son personnage du maitre que Serge Lifar soit l'un d'eux c'est une possibilité mais je rappellerais que dans le roman &quot;Le maitre a connu qu'une brève et peu brillante carrière à l'Opéra alors que Lifar a été maître de ballet de l'Opéra de Paris, de 1930 à 1944 et de 1947 à 1958, chorégraphe célèbre et grand mondain en particulier pendant la guerre. Il a été en outre très beau, certes moins à la fin de sa vie mais en 58 il avait 53 ans et n'était pas encore une ruine comme en témoigne de nombreuses photos. C'est un personnage bien intéressant qui a su rebondir d'une façon surprenante après la guerre...

 
 

Martial08/08/2014 09:37

D'après cette page :
http://www.copyrightencyclopedia.com/lentree-dans-la-baie-et-la-prise-de-la-ville-de-rio-de/#b 
Francis Lacombrade serait né en 1942. Il avait donc 21 ou 22 ans au moment du tournage des Amitiés particulières, à l'abbaye de Royaumont :
http://www.ina.fr/video/CAF88046934/les-amities-particulieres-video.html

Serge LIfar étant resté maître de ballet à l'Opéra jusqu'en 1958, il est fort possible que ce soit lui le  personnages fameux, de renommée internationale, le plus célèbre de tous dont parle Lacombrade dans le témoignage que j'ai cité.

A noter que le reportage dont j'ai mis le lien ci-dessus est à l'origine de la querelle Mauriac-Peyrefitte. Mauriac, qui tenait alors, en sus de son Bloc-notes, une chronique de télévision au Figaro littéraire, y avait exprimé son indignation à la vue de ces garçons de 12 ans délibérément plongés dans ce bouillon de culture d'où leur âme ne sortira pas vivante. Il concluait sur des considérations de tiroir-caisse :  ce sont des intérêts que vous servez : ces enfants rapportent.

Peyrefitte riposta dans les colonnes d'Arts par la cinglante lettre ouverte que l'on sait.

 
 

B.A.08/08/2014 07:59

Les commentaires dorénavant s'affichent mais pas toujours dans l'ordre!!!
non je laisse tout du moment que ce n'est pas injurieux (et encore) surtout à propos d'une autre personne ou vraiment graveleux.

 
 

xristophe08/08/2014 01:14

Certes non ! - c'était l'énigmatique Martial... J'aurais dû écrire le nom du destinataire ! (Ces moments de dialogues de sourds sont toujours très comiques, eux, je trouve, en tout cas ! Si vous vouliez ôter de votre blog ces bavures qui ne passeront pas, elles, à la postérité - je n'en ferai pas, comme auteur, une maladie !!)

 
 

B.A.06/08/2014 23:05

Je dois dire que j'ai un peu de mal à vous suivre, je ne crois pas avoir fait allusion à un comique...

 
 

christophe06/08/2014 20:53

Notre comique numéro1 ; sa maîtresse... que d'énigmes nocturnes insondables... En fait je m'en fiche ; en 70, par contre, j'étais encore assez tendre pour téléphoner de nuit à ce disparu de Lacombrade (si j'avais su) pour essayer de l'amener à me parler du petit Haudepin de 64 ! ! ! !

 
 

B.A.05/08/2014 07:09

merci d'avoir rectifié ma bourde en effet il s'agit de l'âge heureux et de compléter mes informations sur Lacombrade. Je sentais bien que ce livre était autobiographique.
En ce qui concerne l'illustre peloteur de petit rat comme je l'écrivais dans le billet je ne connais pas assez ce milieu pour deviner qui se cache derrière le savoureux portrait à charge qu'en fait Lacombrade.

 
 

xristophe04/08/2014 20:17

j'ai longtemps espéré, en lisant votre long article, que vous ignoriez le nom de l'acteur des Amitiés - vu votre quasi mépris pour ce très beau film : j'allais vous l'apprendre ! Mais si, vous le sav(i)ez, et en plus c'est bien lui ! Vousnous - plus Bruno - l'apprenez... / Plus rien à dire, sinon que quelqu'un qui serra l'adorable petit Haudepin dans ses bras ne peut pas être tout à fait mauvais... ni inintéressant ne fût-ce que par contiguïté... (Votre chat à côté du livre est sublime)

 

B.A.04/08/2014 21:51

Clara (mon chat) vous remercie. Elle a quinze ans et elle est plus à son avantage couchée. Elle est bien soignée et a une vie idéale pour un chat avec sa chambre (quand elle veut et un choix de lits pour la nuit et de fauteuils pour le jour. C'était une grande chasseuse mais elle a abandonné la chose voila quatre ans depuis elle s'économise...
Je n'ai pas de mépris pour ce film mais il n'est pas grand et je ne suis pas non plus un inconditionnel du livre. Lacombrade en effet ne doit pas être inintéressant comme son livre malgré mes réserves argumentées...

 
 

Bruno04/08/2014 16:30

Merci, en tous cas, pour ce billet, même si l'ouvrage n'est guère impérissable, comme votre plume sagace nous le montre bien. Le Lacombrade danseur et auteur est bien le même que celui des Amitiès...&quot; de Delannoy, si j'en crois le cher Roger Peyrefitte, dans sa célèbre Lettre ouverte à Mauriac. Cette lettre est fort longue - j'ai le n° de Arts, inaccessible- et on n'en trouve guère que des extraits sur la toile, mais voici ce qui nous intéresse ici :
&quot; Mais mon cher maître, l'aîné de mes deux jeunes protagonistes est, lui, danseur à l'Opéra, bien que son père soit professeur de grec dans une faculté. Embrassons-nous, Folleville, si ce n'est au nom de la morale et de la religion, du moins pour l'amour du grec et même de la danse.
J'ai honte encore d'avoir retrouvé ce volume, plus vite que le petit opuscule de Mauriès bien plus riche.
Merci pour vos billets

 

B.A.04/08/2014 16:39

Merci de cette confirmation, c'est amusant que le texte dans lequel Peyrefitte parle de Lacombrade soit cette lettre à Mauriac car j'ai trouvé quelque chose de mauriacien dans ce roman... Qu'est devenu Lacombrade?

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Harry Anderson

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portraits de garçons par Mac Avoy

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Hommage à Claude Michel Cluny par Jean Pérol

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J’ai connu Claude Michel Cluny dans les années 64-65. En ce temps-là, toute université étrangère était abonnée à la NRF. C’est donc au Japon, alors que j’étais lecteur à l’Université Impériale du Kyu-Shu à Fukuoka, que j’ai découvert ses poèmes et ses critiques dans la revue de chez Gallimard, où il publiait depuis deux ou trois ans. Je m’étais senti assez en affinité avec tout ce qu’il y écrivait en général. Je venais de publier un livre de poèmes à Tokyo. Je le lui ai envoyé, le livre lui a plu, il m’a répondu. Nous nous sommes rencontrés à Paris à mon retour, une sympathie réciproque est née. Elle nous a entraînés dans une amitié de cinquante ans, qui n’a ressemblé en rien aux fameuses amitiés politiques qui n’en ont que trente. Libre, souple, vive, affectueuse, sans exigence étouffante, une amitié qui ne pesait pas, sans trahison ni coup de poignard. Nous pouvions disparaître de longs moments, cela ne changeait rien à cette amitié, ni au plaisir de se retrouver.

C’est pourquoi sa disparition, cette fois en cendres dans un sinistre cimetière parisien, finit presque par me sembler à peine différente des autres, celles pour ses voyages toujours recommencés aux quatre coins du monde. Je pourrais croire qu’il va revenir, et de sa voix à la fois enjouée, courtoise et malicieuse, me passer le coup de fil du retour.

Oui, Cluny était un homme à la malice pleine d’élégance. À se demander s’il n’est pas mort aussi ce 11 janvier 2015 par malice et courtoisie, afin de s’éviter avec tact de participer à cette « Grande Marche Républicaine de Tout le Monde contre Personne » pour reprendre les termes d’un journaliste. C’est sans doute également avec ce même genre de malice dans la voix qu’il pourrait aujourd’hui me téléphoner pour me dire : « – Tu as vu ? On me rend hommage un 29 avril ! J’espère que tu n’as pas oublié qu’au Japon c’est le jour anniversaire, et férié encore, de l’Empereur Hiro Hito et de la période Showa ! Je suis aux anges, moi qui adore tellement ce pays. Et la Duras, chez les fantômes, ça va la rendre furieuse, elle qui nous détestait tous les deux, que dis-je, tous les trois, moi, l’empereur et ce cher pays. Un 29 avril, vraiment je suis ravi ! Si ça pouvait la faire encore un peu plus enrager, celle-là, “cette blatte de l’écritoire” ! » “Blatte de l’écritoire”, c’est de lui…

Il était ainsi, car il est vrai aussi qu’il accompagnait souvent sa malice courtoise d’un humour assez urticant. À un casse-pieds qui lui avait écrit, faisant valoir dans l’entête de sa lettre, d’une manière un peu trop ostentatoire et ridicule, sa longue liste de titres, de prix et de médailles, Cluny avait répondu par une brève lettre, fort polie comme à son habitude, mais qui portait, elle, simplement comme entête : « Claude Michel Cluny, Abonné au gaz ».

Il se servait aussi de sa malice et de son humour pour demeurer un homme mystérieux, un homme qui protégeait sa liberté et ne se livrait jamais tout entier. Ses nombreuses activités touchaient plusieurs domaines, et il les compartimentait. Poète, critique de littérature et de cinéma, éditeur, romancier, historien, chroniqueur, voyageur impénitent, amoureux de garçons sous tous les cieux, possesseur de réseaux dans tout le monde et de tous les mondes, il n’ouvrait qu’à certaines personnes que certaines portes. Il aimait échapper et s’échapper. Il aimait en conséquence ceux qui avaient le respect de ses mystères et n’avaient ni l’amitié ni la curiosité envahissantes.

Ses multiples activités, sa très vaste culture ouverte sur des horizons les plus divers et sur les autres pays, jointes à cet humour caustique et à son persiflage amusé, ont fait de lui un critique redoutable, à la fois respecté et détesté dans le petit monde des lettres où il n’était pas tout à fait sans influence. Ce fut son côté éminence grise des lettres, son aspect lanceur de fléchettes au curare. C’est d’ailleurs pour cet empan d’esprit et cette plume aux formules vite assassines qu’il a été sollicité par plusieurs journaux et revues, de la NRF au Figaro littéraire, du Quotidien aux Lettres Françaises, de Lire à L’Express, et du Nouvel Observateur à quelques autres que j’oublie.

Mais Cluny ne se payait pas des férocités faciles et lâches, celles qui se font sur le dos des écrivains débutants, inconnus ou sans pouvoir, exercice que pratiquent tant de critiques en place, jouant les matamores avec les faibles mais les brosses à reluire avec les écrivains à la mode. Cluny était trop classique pour ne pas être persuadé « qu’à vaincre sans péril on triomphe sans gloire ». Claude Michel était intransigeant, mais courageux. Il ne reculait pas devant les sommités. La servilité n’était pas son genre. Claude Michel Cluny était un insoumis inattendu. L’insoumission, l’insoumission à ce que tente d’imposer arbitrairement une époque, voilà encore quelque chose qui nous rapprochait.

Cluny, avec noblesse et lucidité, s’attaquait aux puissants sans trembler : les « Robbe et les Grillets », comme il disait, la Duras, la Grande Sartreuse, Modiano, et tant d’autres, tout ce qu’il appelait « les montés en graine de la jobardise parisienne et des universitaires américains », sans parler de ses têtes de turc en politique et dans le cinéma, la « socialisterie », le Florentin, Truffaut, la galerie en est longue. Cette indépendance distante, on le lui a fait payer. « Étranger aux coteries. La rançon : être ignoré ». Il le savait, mais a passé outre. Comment s’empêcher, pour mémoire, de ne citer qu’un bref échantillon de ses si nombreuses impertinences, et je n’ai pas choisi les plus cruelles :

– Elsa Triolet ? : « la chouette aux yeux d’acier ».

– Beauvoir ? : « la Grande Sartreuse, sa prose n’est la plupart du temps qu’une tisane de bêtises. »

– Le Clézio ? :« Le Clézio écrit ennuyeux et c’est son droit, il croit penser et nous inflige son pensum, c’est son tort ».

– Modiano ? : « Je reprends les romans de Modiano les uns après les autres, et tous me tombent des mains. Conventionnels, sans style, sans vie, sans présence, sans rien qu’une vague odeur fade de passé diffus et artificiel. Ce pauvre Modiano, décidément une cruche emplie d’eau triste ».

– Jacottet ? : « Pourquoi diantre Jacottet passe-t-il pour un poète intéressant ? Parce qu’il est Suisse ? Des vers pour almanach et classes du primaire. Quelle platitude dans son éminence ! » Mais arrêtons-là, pour ne pas transformer cette soirée en poudrière.

Il ne faut pas s’étonner que les mêmes qualités – persiflage ironique, vaste culture, connaissance du milieu littéraire, lucidité, sens de la formule – en aient fait un diariste hors pair. Plus le temps passera, plus il sera difficile, à mon avis, d’ignorer son journal, L’invention du temps, vaste chronique de ses jours, de ses amours et de la littérature dans la seconde moitié du vingtième siècle. Les dix premiers volumes, du Silence de Delphes, – qui lui valut le prix Renaudot de l’essai en 2002 –, jusqu’à Rêver avec Virgile, couvrent la période de 1945 à 1990. Les quatre prochains volumes à paraître couvriront la fin du siècle. C’est sans doute ce journal qui lui ouvrira les premières portes de la postérité, préparant le chemin pour sa poésie et ses romans. Ces dix premiers volumes publiés font déjà de Cluny le Saint-Simon pétillant et vachard de la petite cour littéraire de Paris et de ses histoires ridicules de luttes de tabourets. Pour qui sera un peu curieux de ce monde des lettres finissant de la capitale et de ses avatars dans cette seconde moitié du siècle qui vient de s’achever, la lecture du journal de Cluny s’imposera.

Cependant, dans L’invention du temps, il n’y a pas que le plaisir à entrer dans la farandole des commérages littéraires (car il y a plaisir, ne le cachons pas). Y abondent aussi, – un peu trop peut-être – beaucoup de pages sur les amours homosexuels, les siens et ceux des petits copains. « Le goût des garçons, net, simple et sain comme un sport » a précisé Cluny. Et à moi, dans l’une de ses dédicaces d’un de ses recueils le plus gay : « Chacun à l’ombre du feu qui est le sien, dans la chaude lumière de l’amitié. » Ce sport n’est pas mon goût, et ce qu’il en dit n’est pas tout à fait ce que j’en pense. Claude Michel le savait, et à tous les deux, cela nous était bien égal. Mais bon, ces nombreuses pages, cette insistance, l’époque peut-être a-t-elle voulu cela, où l’homosexualité a fini par réussir à conquérir ses droits. Soulignons en passant que le militantisme gay l’horripilait, et qu’il foutait une paix royale à tous ses amis sur le sujet.

Dans ce journal le plus important à mes yeux demeure, au-delà donc de ces commérages variés, hédonistes ou littéraires, cette réflexion attentive, fine, sur la vie, l’écriture, la littérature, ces observations constantes sur l’homme et les hommes, le vaste monde et les quelques pays qui lui étaient particulièrement chers. Et cette sagesse teintée d’Antique, au sens noble du terme, dont il marque les passages qu’il leur consacre. S’en détachent aussi au fil de cette longue pratique et du temps, tout l’éventail de ses idées sur le travail d’écrivain. Très vite, au hasard, et pas trop compliqué :

– « Pour un écrivain, les quarante premières années de sa vie donnent le texte, les trente suivantes en donnent le commentaire. » D’où : importance du vécu.

– « La vie vaut d’être vécue à condition de l’aimer, pas de la subir. » D’où : importance du bonheur et du plaisir.

– « Les écrivains cherchent la clé qui leur ouvrira la porte. Mais chacun de nous a une clé, et ce qu’il leur faut, c’est trouver la porte qu’ouvre la clé, qu’ils sont les seuls à posséder. » D’où : importance du champ d’action de l’intime.

– « Vous qui voulez écrire, broyez du noir, faites votre encre vous-même. » D’où : soyez impitoyable avec vous-même, malmenez-vous jusqu’au désespoir.

Il savait aussi parfaitement le genre d’écrivain qu’il était : « Je suis un écrivain par la langue, pas par le territoire. » Une langue qu’il a toujours voulue classique. Mais là encore, il a tenu à serrer son propos : « Le classicisme se réinvente, il ne se recopie pas. C’est justement ce qui est difficile. »

Enfin, pour Cluny, et irrigant le tout, il y avait la poésie. La poésie et toutes ses exigences, éthiques et littéraires. « La poésie est la première parole » a-t-il affirmé. Pour tous les deux, cette croyance était notre passion commune. Affirmation que l’on trouve dans la présentation de la collection Orphée qu’il a créée en 1989, pour la poésie et la mettre à son service, avec l’appui de Joaquim Vital, aux Éditions de La Différence. Il la dirigera jusqu’en 2012, et elle regroupera plus de 250 titres, de tous les pays et de tous les siècles.

Cette fidélité à la première parole, et la place qu’il lui donne, ne voulait pas dire qu’il méprisait les autres, loin de là. Mais il a toujours pensé, comme l’a si justement souligné Jean-Yves Masson, dans un article sur Cluny, « Non pas que tout le reste est vain, mais que vaine est toute parole qui ne porte pas en elle un écho de cette parole première. » Que les critiques d’aujourd’hui, ou ce qu’il en reste, méditent là-dessus, eux qui ne parlent plus que des livres où cet écho, et cette parole, ont disparu.

Toute la poésie de Cluny, de DésordresInconnu Passager, jusqu’aux Poèmes du fond de l’œil, a été rassemblée dans les deux tomes de ses Œuvres complètes poétiques parus aux Éditions de La Différence. Il est impossible d’en donner en une simple phrase toutes les nuances, tous les veinages. Disons pauvrement que pour l’essentiel elle est marquée par la volonté de s’inscrire « dans l’éphémère étendue de la beauté pure » pour reprendre ses propres mots, et par un lyrisme acide, à la sérénité païenne, à la mélancolie inquiète, et par une fatalité presque japonaise.

Pour des exégèses plus poussées, on pourrait en trouver les racines, ou les deux trous noirs, ou le combustible irradiant, comme l’on voudra, dans Le Silence de Delphes et dans son récit autobiographique, Sous le signe de Mars, qui sert d’introduction à son journal.

Dans Le Silence de Delphes quelques pages nous révèlent le choc ressenti, et qui l’a marqué pour la vie, face aux ruines d’une civilisation grecque chère à son cœur, et à son évaporation lancinante dans le soleil de midi : « Le silence était en moi, étale comme le désespoir, étincelant comme la beauté. Une sorte d’accord obscur. »

Et dans Sous le signe de Mars apparait un autre aveu, longtemps retenu, même s’il n’en éprouvait aucune culpabilité. Celui de son amour bref et panique, sublime et dangereux, en mai 1944 juste avant le Débarquement, avec un trop beau et si jeune soldat allemand, un tankiste en noir des Panzerdivisionen, dans un champ de blé d’un été de guerre, au bord de la Seine, près de sa petite ville provinciale. Première communion totale avec le paganisme et le plaisir. Scène fondatrice, originelle, sans doute intensément fantasmée plus tard, de cette étreinte avec ce jeune guerrier voué à la guerre et qui pleure dans ses bras, et leurs « dix sept ans nus sous le drap noir chargé d’emblèmes » pour le dire avec ce dernier vers de l’un de ses poèmes.

Deux chocs, deux révélations qui l’entraîneront vers d’autres secrets, d’autres mises à jour, d’autres mondes, d’autres amours « aux bords violets de la mer », qui feront de lui ce voyageur infatigable.

« Nous sommes là, inconnu passager des avions suspendus aux méridiens, ou courant les volcans dès qu’un soleil se lève ». Il nous est arrivé, parfois, de les courir ensemble au Japon. « Ma vie n’a été qu’un voyage toujours recommencé », a-t-il dit. J’ai bien connu ce Cluny voyageur. Il arrivait à l’improviste, dans les différentes demeures qui furent les miennes à l’étranger, au cours de ses tours du monde savamment organisés. Et de Mobile, sur le pont du battleship Alabama rescapé de Pearl Harbour (Cluny était un grand spécialiste de la guerre du Pacifique) aux jardins de Chinzanso chers à Kawabata, nous avons beaucoup parlé et voyagé ensemble. Clic clac, photos, depuis sa mort j’en ai regardé quelques-unes, nous avons eu tous les deux une bonne complicité de globe-trotters. Que ce soit du luxe british de l’hôtel Raffles à Singapour, au dépouillement des plus modestes gîtes menshinkus des plus infimes îles de ce Japon où il jubilait, Cluny était un voyageur exemplaire, toujours attentif, l’empathie en action, jamais odieux, ne gênant jamais personne, dégustant son rosbeef Raffles sous les ventilateurs ou son poisson cru et son bol de riz blanc au bord de la mer comme un chat heureux. Il parcourait le monde avec sa simple petite valise de cabine, où se trouvait, parfaitement rangé, juste ce qu’il fallait pour écrire, se changer et se soigner. Après, la terre était à lui. Il avait éliminé l’inutile.

Voilà... Cluny, après avoir mis en ordre ses affaires et ses écrits, et simple comme un bonze zen ou un Basho contemporain, a franchi le dernier portique de son dernier voyage, toujours Inconnu passager, ou presque.

« Vieillir élimine l’inutile, a-t-il écrit, par une sorte d’économie naturelle. » À mon tour, après avoir beaucoup éliminé, il ne me reste presque plus rien à économiser.

Alors à bientôt sans doute. On continuera peut-être à parler du monde et de la poésie sous d’autres cieux, encore plus lointains.

 

Ciao, Claude-Michel !

Jean Pérol

 

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