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I am a Hero de Kengo Hanazawa

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 I am a Hero  de Kengo Hanazawa

 

Les zombies pullulent. La vogue en a été lancée outre Atlantique par Walking dead. Heureusement pour notre survie l'auteur de World war Z, Max Brooks qui n'est autre que le fils de Mel Brooks a écrit un fort utile "Guide de survie en territoire zombie (les deux livres sont édités au Livre de poche) d'autant plus utile que l'épidémie de zombie a atteint le Japon.  avec I am a hero de Kengo Hanazawa, auteur complet puisqu'il est responsable à la fois du dessin et su scénario. Autre tendance dans l'air du temps les mangas et bandes dessinées mettant en scène, depuis Bakuman, des mangakas. Hanasawa a du se dire pourquoi ne pas rassembler ces deux courants. Mais le tour de force de notre auteur est de distordre les clichés des deux genres. Ce qui donne une série totalement décalée par rapport à ce quoi on pourrait s'attendre. I am a hero est très différent de Walking dead  le travail d’Hanazawa prend d’autant plus de force qu’il semble à l’opposé du récit épique américain des nouvelles frontières où le héros imposerait avec force et courage son mode/droit de vie dans un monde hostile.

Dans le premier tome on fait connaissance avec le héros ou plutôt l'anti-héros tout le contraire du titre mégalomane. Titre qui rend hommage au titre original du chef d'oeuvre de Richard Matheson "Je suis une légende".  Hideo Suzuki est un assistant mangaka paranoiaque  dont la petite amie, Tekko, est elle-même mangaka en devenir. Les 11 premières pages sont muettes. On y voit seulement un homme, le héros (?), arriver chez lui. Il ouvre méticuleusement les nombreux verrous de sécurité de son appartement. Il entrouvre délicatement la porte, se livre à une danse exorcisante bien étrange et fini par traverser le couloir et actionner le bouton de la lumière de la pièce principale, avec un luxe de précaution. On apprendra bientôt que la paranoia de notre mangaka l'a conduit à prendre comme hobby le tir sur cible. Activité qui lui permet d'avoir une arme chez lui, fait extrêmement rare au Japon. Dans le tome 7 il parvient à faire de ce simple fusil, qui serait dans une œuvre américaine une arme parmi tant d’autres, l’élément central de l’intrigue. Dans un Japon, où les armes à feu sont très peu présentes dans la population civile,

I am a Hero tome 7

Après avoir ouvert laborieusement sa porte il vérifie que tout identique à ce qu'il avait laissé en quittant son appartement : les fenêtres, les toilettes, le frigo… Avant de manger un repas frugal en regardant les informations à la télévision. Le premier tome de la série nous dépeint un personnage mal dans sa peau, complètement déconnecté des réalités, dans la crainte d'un complot mondial qui le viserait (ce premier volume fait craindre un manga complotiste mais jusqu'à aujourd'hui, nous en sommes au volume 12, 15 au Japon, rien confirme cette crainte), il est dans la hantise d'une catastrophe naturelle sans précédent, voire même à la fin du monde (Ce qui est amusant c'est lorsqu'elle sera là, il mettra beaucoup de temps à s'en apercevoir alors que le lecteur le plus distrait aura compris depuis longtemps). Hideo Suzuki passe le temps en discutant avec Yajima, un petit personnage issu de son imagination. Il n’arrive pas à dormir, voit les heures qui défilent et lorsque, au réveil, le soleil se lève de nouveau, c’est pour lui une délivrance : « j’ai gagné », s’exclame-t-il avant de défier les spectres et autres esprits malins. Dans cette histoire de zombies, le premier mort vivant réellement agressif se paye le luxe de n’apparaître que dans les toutes dernières pages du tome 1. Pourtant, dans un chapitre précédent, une jeune femme renversée par une voiture se relevait, le coup cassé, et repartait nonchalamment. Ce qui ne trouble nullement Suzuki (on pense alors à l'hilarant film "Shaun of the dead")...


La vie d'Hideo n’est  glorieuse. A 35 ans c'est un dessinateur de deuxième ordre, il n’est qu’assistant d’un grand mangaka réalisant des œuvres cochonnes. Ses collègues de travail sont tout aussi étranges. Il ne les apprécie pas vraiment mais, fataliste, il sait qu’il doit composer avec. Le soir, il rentre voir sa copine, bipolaire et ayant l’alcool mauvais. Pourtant, il aimerait bien s’en sortir. Il essaie de proposer ses planches à divers éditeurs, sans réel succès. Il se fait balader de bureau en bureau, mais ne perd pas espoir. On sent qu’il a de la volonté et qu’il aspire à une reconnaissance dans la vie.

Le premier volume s’attache donc à dépeindre la personnalité et l’environnement de Hidéo. Il ne se passe pas grand-chose et, pourtant, tous ces passages anodins nous en disent beaucoup sur ce qu’il est et sur ce qu’il va devenir. Le premier tome, extrêmement pessimiste, apporte aussi son lot d’humour noir. Dès le second les zombies, qui ne sont jamais nommés, ont envahi la ville. Ils mordent tout ce qui passe à leur portée afin de les transformer en morts-vivants. On passe de la réflexion à la catastrophe où l’humour, omniprésent, détend le lecteur. Les gens meurent, se font arracher un membre, voient leur famille décimée. Tout cela dans une ambiance plutôt bon enfant. Les personnages secondaires sont excellents, leurs répliques bien cinglantes sont décalées et renforce l’absurdité du genre humain. Le personnage principal devient presque le héros du titre.

Un des ressorts comiques (humour noir, très noir) du premier tome est que Suzuki ne remarque pas les prémices d'une épidémie qui transforme les personnes en monstres sanguinaires. Alors que l'infection se répand à travers le Japon, peut-être même le monde entier, Hideo tentera de survivre à l'épidémie et assistera à la destruction de la société japonaise sous la horde d'infectés et des survivants qui ont pour la plupart abandonné eux aussi toute humanité. Autre élément comique, bien utile pour soulager l'angoisse qui étreint parfois le lecteur plongé dans ce monde apocalyptique est le constant dilemme dans lequel Hideo se retrouve, absurde dans cette atmosphère de fin de l'humanité, par exemple, à cheval entre la peur de braver la loi en confiant son arme à quelqu’un qui n’est pas habilité à la manier et la conscience que le fusil est un gage de survie pour lui. Cette ambiguïté pousse le lecteur à s’impliquer d’autant plus dans le sort de son héros et l’absurdité qui émane de certaines réactions d’Hidéo est toujours agréable. Suzuki va bientôt rencontrer Hiromi Hayakari. Il s'agit d'une lycéenne timide, bizutée par ses camarades de classe mais pleine d'esprit et d'humour. Elle se lie d'amitié avec Hideo avant d'être infectée par le ZQN, après avoir été mordue par un nourrisson infecté (ah le bébé vampire un grand moment, et à ma connaissance assez faible je l'avoue en zombilogie, une nouveauté dans le domaine) Elle ne développe néanmoins pas tous les symptômes du virus et elle semble même "obéir" à Hideo et comprendre, dans une certaine mesure, ce qui se passe autour d'elle. Une zombie mutante en quelque sorte. L’infection d’Hiromi permet au mangaka de ponctuer le récit de scènes admirables où l’on voit le monde tel qu’Hiromi le perçoit tout en restant très mystérieuse sur la condition réelle de la jeune femme : pourquoi n’attaque-t-elle pas Hideo ? Peut-elle réellement être l’origine d’une solution au fléau qui frappe le Japon ?

Le dessin d'Hanasawa est réaliste et même hyper réaliste en ce qui concerne les décors. Pour ces derniers on y sent un peu trop directement la copie de photographies. Les images de repérage sont moins habilement transmutées que dans "Sprite" par exemple. Il reste que les amoureux des paysages japonais, principalement urbains seront comblés. Typique de l'esthétique du manga, les physionomies humaines sont représentées avec un peu moins de réalisme, avec une touche de caricature. Ce rendu renforce la lisibilité du manga. Les personnages se détachent bien sur les fonds. Ce réalisme aide grandement à captiver le lecteur. Les zombies sont bien là, mais ils ne sont pas effrayants gratuitement. Un grand travail a été fait dans le découpage des cases, chaque planche est pensée comme une entité complète : tout est fait pour que le lecteur se sente à l’aise face à ce  héros borderline. Chaque volume repend de l'édition japonaise les pages en couleurs qui sont de toute beauté. On sent qu’un travail méticuleux est apporté à chaque détail. En revanche, certains défauts de proportion apparaissent de temps en temps, notamment dans les scènes d’action. Tous les protagonistes sont soignés. Loin d’être des canons de beauté, ils ont une « gueule » qui les identifie immédiatement. Leur morphologie ou leur caractère, rien n’est laissé au hasard ! Le mangaka s’est appliqué à les ancrer dans la réalité.

Partant d’un personnage enfermé dans la paranoïa, ce manga s’ouvre rapidement sur un autre monde. Il bascule de la monotonie de la vie tranquille d’un gars paumé à une explosion de corps et de chairs ensanglantées. Hanazawa alterne des scènes d'angoisse profondément malaisantes, comme celle du taxi avec ses passagers contaminés, avec d'autres tempérées d'un humour absurde revigorant, puis avec de brèves explosions gore assez insupportables, quelques magnifiques passages introspectifs, comme cette nuit de terreur que notre piètre héros passe dans la forêt des suicidés...  Si le lecteur se laisse porté dans le premier volume, il ne peut que subir les agressions présentes dans la suite du récit. Tout comme Hideo Suzuki qui nous montre qu’il est loin d’être le héros qu’il aimerait devenir. Pour ma part je regrette qu'Hanazawa est abandonné (pour combien de tome?) Hideo avec lequel l'identification du lecteur fonctionnait à plein, pour d'autres personnage intéressant peut être plus charismatique que notre hésitant Hideo mais avec lequel on se sent moins de plein pied même si l'un d'eux émet l'idée certainement riche en rebondissement et qui sera sans doute fort utile pour clore une histoire dont on ne voit pas bien comment elle pourrait se terminer, mais ce n'est pas son moindre intérèt, que  les zombies semblent mûs par des sentiments rémanents de leur "vie" antérieure, conservant des réflexes inculqués avant leur mort / contamination. I am a hero a  un côté Murakami Haruki] à la fois pour les surprises narratives, mais aussi pour les qualités dialogiques. Un manga à ne pas laisser entre toutes les mains, mais devrait plaire au non-amateur du genre zombies, grâce à son ton complètement décalé. 

 

 

 

 I am a Hero  de Kengo Hanazawa

ALFRED KUBIN

Publié le par lesdiagonalesdutemps

ALFRED KUBIN

 

Alfred Leopold Isidor Kubin est né à Litomerice le 10 avril 1877. Il naît d'une mère pianiste et d'un père géomètre. Timide et de faible constitution, Kubin a du mal à se faire des amis parmi les enfants de son âge, les déménagements successifs de sa famille dus au travail du père ne lui rendant pas la vie plus facile, il passe de longs moments seul à dessiner.
En 1887, Kubin fait une première rencontre avec la mort : sa mère, malade de phtisie, meurt brutalement. La vision de son père, fou de chagrin, arpentant en tous sens la maison, le cadavre de sa mère entre les bras, le marqua à jamais. Dans Le Meilleur Médecin, Kubin représente la Mort comme une femme vêtue de noir, une médaille autour du cou. Son visage ne comporte aucun trait.
Son père, se remarie la même année avec la sœur de sa dernière épouse, qui mourut à son tour un an plus tard en donnant naissance à Rosalie, sa deuxième sœur. Son père devient hargneux et violent. Alfred se replie encore un peu plus sur lui-même. Ses dessins se font un peu plus morbides, terrifiants, incarnation de la haine qu'il porte au monde extérieur. Il est pris de visions fantastiques qu'il s'empresse de mettre en dessin.

 

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Suite à de nombreux échecs scolaires, son père décide en 1891 de l'envoyer à l’École des arts appliqués de Salzbourg, mais malgré un début plutôt prometteur, Kubin est renvoyé l'année suivante en raison de ses mauvais résultats. Le frère de la troisième femme de son père (Irene Kühnel, avec qui il s'est remarié l'année précédente), photographe, finit par l'accepter auprès de lui en tant qu'apprenti. Mais il se brouille avec tout le monde, passe des soirées à boire, néglige son travail ; en 1896, il part se suicider devant la tombe de sa mère. Mais sa tentative échoue et il est renvoyé de nouveau. Il décide alors de s'engager dans l'armée, mais il fait une crise après trois semaines et passe trois mois à l'hôpital militaire de Graz.

 

 


Durant l'année de 1899, Kubin entre à l'Académie de Bildenden Künste München, dans la classe de Nikolaos Gysis, mais il ne vient pas souvent en cours et est forcé d'abandonner ses études. Il découvre également les travaux de Max Klinger, notamment son cycle de gravures "Un gant", qui le marquent profondément et provoquent chez lui une sorte de «frénésie créative». Il réalise durant cette période de très nombreux dessins et commence peu à peu à se faire connaître, en grande partie grâce à Hans von Weber qui lui voue une grande admiration. En 1902, Kubin réalise sa première exposition à Berlin. Il rencontre l'année suivante Emma Myer, dont il tombe aussitôt amoureux, mais qui meurt presque immédiatement du typhus. Il se remarie deux ans après avec Hedwig Gründler, sœur de l’écrivain Oscar A. H. Schmitz et s'installe avec elle à Zwickledt.

En 1908, il écrit en espace d'un mois et demi "L'Autre Côté", qu'il publie l'année suivante. Hermann Hesse déclarera plus tard qu'il s'agit là d'un livre majeur ; il influencera Franz Kafka, H. P. Lovecraft, Jünger et les surréalistes.
Kubin entre à la Nouvelle Association des artistes munichois (Neue Künstlervereinigung München) en 1910, qu'il quitte la même année pour fonder avec Vassily Kandinsky, Franz Marc et Gabriele Münter l'association du Cavalier bleu (Der Blaue Reiter, d'après le nom d'un tableau de Franz Marc). Il rencontre également Paul Klee, avec qui il échange beaucoup jusqu'à l'arrivée de la Première Guerre mondiale. Jusqu'en 1914, la renommée de Kubin augmente rapidement, grâce à Paul Klee qui expose ses dessins au journal Simplicissimus.

En 1915, Kubin approfondit sa connaissance des travaux de Nietzsche et Schopenhauer. La découverte des doctrines des deux philosophes jouèrent un rôle déterminant sur son art. De 1920 à 1930, de nombreuses expositions lui sont consacrées, retraçant son travail depuis ses débuts. La venue de la guerre perturbe assez peu ses activités.
En 1948, son épouse, Hedwig Gründler, décède. Il meurt à son tour le 20 août 1959 dans son château de Zwickledt, situé à Wernstein am Inn d'une maladie de la vessie, après avoir fait don de l'ensemble de son œuvre à l'Autriche
Alfred Kubin est  un artiste a-typique; “campagnard”, il vivait reclus en ce début du 20ème siècle loin des villes, à Zwicledt (haute Autriche), dans une solitude volontaire. Sa retraite bucolique appaisait  l’inquiétude de son tempérament sans l’empêcher pour autant de fréquenter l’avant garde artistique de Vienne, Munich, Berlin et Paris où il fit deux voyages. Lors du dernier voyage, il rendit visite au vieil Odilon Redon qui fut ravi du respect que lui témoigna le dessinateur. Par la lecture, il conversait avec les  philosophes qui, disait-il,  nourrissaient ou calmaient son inquiétude. Il retrouvait sa noirceur dans le pessimisme de Schopenhauer, ou, plus tard, sa propre exaltation orgiaque chez  Nietzsche, tandis que l’effort exigé par  la rigueur froide et rationnelle de la pensée de Kant calmait la force de ses pulsions morbides.
 Les dessins de Kubin nous donnent à voir une humanité totalement soumise, dépassée par des forces obscures et oppressantes mises en scène au travers d'une symbolique récurrente du monstre et du difforme, l'artiste se faisant par là l'«organisateur de l'incertain, du tremblant, de la pénombre, de l'onirique»; ils lient sexe, pulsions de mort et renferment une certaine folie dont on ne se sent pas si éloignés nous-mêmes.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Alfred_Kubin
 
 http://users.skynet.be/bk212103/kubin.html


 
 


 

alfred kubin illustrate

 

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Duncan Grant, Paul Roche (1947)

Publié le par lesdiagonalesdutemps

j'ai consacré déjà un long billet à ce peintre: http://www.lesdiagonalesdutemps.com/article-duncan-grant-1885-1978-83978774.html

j'ai consacré déjà un long billet à ce peintre: http://www.lesdiagonalesdutemps.com/article-duncan-grant-1885-1978-83978774.html

Terry Smith

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris
Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris

En préambule de ce billet je voudrais prévenir les offusqués professionnels, genre useurs de semelles derrière les banderoles natalistes que, bien sûr je vous déconseille de visiter la chocolaterie de McCarthy et plus encore de lire le billet qui suit dont le malheureux et ignare rédacteur est loin de posséder la maitrise de la litote des auteurs de la plaquette présentant cette exposition, performance... je ne sais pas trop comment la nommée, que l'on vous remet gracieusement à l'entrée du labyrinthe qu'est cette chocolaterie. Car je vais évoquer des pratiques salissantes et curieusement (pour moi) sexuelles pour certains comme la scatologie et même la coprophagie...

Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris
Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris
Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris

De quoi s'agit-il exactement? Rien de plus à première vue que de la fabrication de figurines en chocolat de différentes grandeurs, mais les plus fréquentes ont une trentaine de centimètres de hauteur, et de leur stockage dans les pièces contiguës à celle ou est implantée la fabrique par elle-même. Les dites figurines proliférant (nous somme dans un work in progress) car leur vente est bien inférieure au nombre que l'on fabrique, elles sont en passe d'envahir totalement les locaux de la Monnaie de Paris, récemment restaurés à grands frais. Les figurines sont de deux sortes. La première est identique, en beaucoup plus petit, à l'arbre (tree en anglais, nom de l'oeuvre) qui a été dégonflée par les offusqués dont je parlais à l'entrée de mon article. Les dit offusqué y avait vu un plug géant alors que moi dans ma candeur cacochyme je pensais que c'était un pion d'un d'échec pour Titan (je suis actuellement très marqué par « L'invasion des titans » manga et animé qui font fureur en ce moment au Japon). La seconde représente le père Noël tenant ce même plug.

Il faut peut être à cet instant de la description de la manifestation, que j'éclaire certains, encore plus candide que moi, sur ce qu'est un plug.

Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris
Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris
Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris

Cet objet sert a obtenir un plaisir annal lorsqu'on s'assoit dessus (enfin c'est toujours pareil, seulement pour les amateurs de ce genre de plaisir). Une sorte de godemiché spécialisé en quelque sorte. Son introduction peut en outre être le préambule à des plaisirs plus importants, si je puis m'exprimer ainsi. Car l'objet peut être utilisé pour dilater l'orifice en question dans l'espoir (?).. d'y faire entrer des éléments plus copieux et donc d'éprouver un plaisir plus vertigineux encore (je ne peux pas vous faire un dessin, ni être plus explicite sous peine de faire interdire ce blog, certains s'y essayent avec beaucoup de constance et je ne veux pas leur tendre la perche). On voit que la vandalisation du plug de la place Vendôme par des coincé du cul est d'une logique biblique...

J'en étais à ce degré de réflexion quand soudain j'ai compris quel était le but de McCarthy: combler tous les trous du visiteur ne serait-ce que de manière virtuelle. La virtualité tient une grande place dans cette installation qui demande au visiteur beaucoup d'imagination. 

Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris
Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris

Vous comprenez bien que la jouissance du premier trou, dont il est question plus haut, est problématique in situe (en raison du public et de quelques articles de loi particulièrement pudibonds). Vous pouvez toutefois différer ce plaisir en achetant un plug en chocolat à la boutique de l'exposition. Il vous en coutera 50 € tout de même, mais la boite est très jolie. Il me semble néanmoins que pour prendre du plaisir avec votre nouvelle acquisition, il vous faudra être en de bonnes dispositions d'une part, et d'autre part, faire l'expérience dans une chambre froide; sinon la chaleur de votre corps risque de faire fondre l'objet et rendre son introduction plus délicate. Malheureusement cet environnement climatique risque de nuire à « votre bonne disposition ». Les chairs se resserrant avec le froid. Vous pouvez en conclure que l'heure de visite aura de longs et fructueux, mais probablement douloureux, prolongement à votre domicile. Une telle opération peut en outre déboucher sur une expérience coprophage. Je vous laisse imaginer... toujours pour des raisons d'iniques censures

Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris
Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris

Autres orifices qui vont se réjouir vos narines. Dès l'entrée de la manifestation qui commence par l'exposition de la machine servant à fabriquer les figurines, machine qui oeuvre pendant toute l'exposition et est alimentée par deux jeunes filles qui semblent échappées d'un manga, l'engin est curieusement sise dans une sorte de cabane de trappeur, on est assailli par l'odeur du chocolat qui devient de plus en plus prégnante au fur et à mesure que l'on s'enfonce dans l'installation. Là selon votre constitution vous serez soit écoeuré, au bord de ce que l'on appelle assez improprement la crise de foie ou dans un état proche du manque du drogué, car malgré le pullulement des sujets en chocolats il est interdit d'en manger. Ainsi vous errerez l'oeil hagard dans le dédale des pièces encombrées de ces tentantes gourmandises, tel Omer Simpson en murmurant << chocolat, chocolat, CHOCOLAT>>. Vous vous doutez bien que j'étais dans la seconde disposition...

Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris
Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris
Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris
Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris
Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris
Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris

Je fus sauvé des affres de la tentation, qui auraient pu me conduire aux dernières extrémités, par les restes de mes dons d'observation. Je vis qu'un des plugs encombrant l'âtre d'une cheminée avait été brisé, se trouvant au niveau du sol, vraisemblablement par un coup rageur de tatane d'un iconoclaste gourmand. Là encore il me semble qu'il faut une explication supplémentaire . Les plugs sont remisés encore tièdes. Les sujets en chocolat adhèrent sur la surface sur lesquels on les dépose. Tout comme le plug courant qui est souvent muni d'une ventouse qui le fixe à une surface, généralement horizontale, ce qui lui évite de riper lors de l'introduction... C'est donc cette adhérence qui explique qu'un coup de pied vindicatif ait pu casser en deux l'objet de ma convoitise.

Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris
Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris
Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris

Je me suis donc saisi de la partie supérieure de l'objet, qui pour des personnes à large ouverture buccale peut éventuellement être un substitut à la fellation active, mais peut être que ma libido exacerbée par l'environnement chocolaté me fait m'égarer dans des hypothèses oiseuses, et j'ai grignoté le large morceau de chocolat le restant de ma visite. Non sans avoir soigneusement la moitié restante de la partie supérieure du plug, soit environ ¼ de la figurine à sa place, tournée vers l'extérieur de manière qu'un visiteur peu vigilant, j'en ai détecté quelques uns, ne puisse voir mon demi acte de vandalisme. Il est bien évident que je ne vous encourage nullement à m'imiter sinon que resterait-il de l'oeuvre de McCarthy dans les jours qui vont suivre?

C'est donc ainsi que mon estomac fut apaisé et un de mes trous comblés enfin pas tout à fait car le chocolat de la chocolate factory de McCarthy n'est pas exceptionnel et si sa qualité est honnête, elle est loin de justifier son prix d'achat. Plutôt qu'à notre fils de mormon adressez vous à un rejeton de protestant suisse pour vos chocolats de Noël.

Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris
Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris

L'estomac un peu calé j'ai pu me repaitre sans entrave du son qui accompagne toute la visite, excellente sonorisation qui ravira les orifices que vous avez de chaque coté de la tête. Si on ne doute pas un seul instant que ce que l'on entend sont des grognements de plaisir, plaisir probablement sexuel, on n'identifie pas immédiatement qui peut en être l'émetteur. J'hésitais entre le rut du sanglier ou celui du grizzli nain quand, au détour de mes pérégrinations chocolatés je tombais en arrêt devant la projection d'une vidéo montrant l'artiste lui même poussant ses rauquements d'extase lorsqu'il écrit d'une manière compulsive et d'une écriture saccadée, sur de larges feuilles de papier: fucking america. Il aurait bien tort de se priver d'une telle extase qui demande somme toute peu de moyen. La vidéo passant en boucle vous n'échapperez pas une seconde à l'expression du bonheur de notre installateur. Mais rassurez vous le créateur à d'autres moyens pour atteindre l'extase, notamment la défécation car si on examine bien les dessins sur lesquels il s'est représenté dans cette activité, sa béatitude fait plaisir à voir.

Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris

J'en réfère maintenant à la sagacité des lecteur qui comme moi iront visiter cette éphémère chocolaterie, car il y a une chose que je n'ai pas compris dans cette manifestation, c'est la présence de plusieurs lits de guingois dans certaines des pièces. Quel est le sens de leur présence? Est-ce une invitation à des travaux pratique? J'attend vos hypothèses.

Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris
Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris

J'ai pu faire à peu près toutes les photos que j'ai voulu malgré une formelle interdiction de photographier, car les malabars surveillant la chose, peut être intoxiqués par les effluves chocolatées, étaient très statiques. Seul le manque de lumière a été génant.

Si je puis me permettre je vais faire une suggestion à l'artiste. Il me semble qu'il serait intéressant pour les amateurs d'art contemporain (et de chocolat) que le jour de la fermeture la Monnaie de Paris invite les visiteurs à un grand happening, les intimant d'ingérer plugs et pères Noël porteur de plug jusqu'au dernier. Une sorte de remake de la grande bouffe filmée par les caméras de surveillance. Le film de cette orgie de cacao pourrait être ensuite projeté ce qui ferait l'objet d'une autre installation...

Pour faire court en guise de conclusion je n'ai pas regretté mes huit euros, prix de la visite pour avoir eu autant de sens sollicités.  

Chocolate factory de Paul McCarthy à la Monnaie de Paris
Paris, décembre 2014

Paris, décembre 2014

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