FAIRFIELD PORTER

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 























 

Fairfield Porter est né le10 juin 1907 aux Etats-Unis. Il était le quatrième des cinq enfants de James Porter, un architecte et Ruth Furness Porter, une poète issu d'une famille littéraire. Il était le frère du photographe Eliot Porter et le beau-frère de l'homme politique  Michael W. Straus. Il descendait de deux grandes familles de la Nouvelle Angleterre. Porter tout au long de sa vie a souffert en raison de ses opinions progressistes d'être assimilé à la classe privilégié. Ila été vu comme un esthète se mouvant  parmi les intellectuels de gauche, il était considéré comme le fils d'un homme riche, trop étroitement lié à la société de l'argent et de sa famille pour que ses idées soient prise au sérieux. Il était vu comme un révolutionnaire dilettante. De même, comme artiste, il a été souvent considéré comme un amateur, un peintre-gentilhomme se déplaçant parmi les bohémes. C'est bien dommage car c'est un des tout meilleurs peintres américains américains figuratifs du XX ème siècle.

Tout en étudiant à Harvard, Porter s'est spécialisé dans les arts plastiques ; Il poursuit ensuite ses études à l' Art Students' League quand il a déménagé à New York en 1928. Ses études à l'Art Students' League le prédisposé à produire un art socialement engagé et réaliste. Il serat également un critique d'art respecté tout en continuant à peindre une peinture naturaliste et ceci en pleine domination sur la peinture de l' Expressionniste abstrait .

Dans ses articles Il a souvent favorisé le travail d'artistes qui semblait assez loin de ses préoccupations, à l'instar de son artiste préféré, Willem de Kooning. Il a pris son rôle de critique d'art très au sérieux et il sentait son devoir de montrer les correspondances entre  l'art dont il était le contemporain avec celui du son passé immédiat, d'être un intermédiaire entre l'art et le public. 

Ses sujets sont principalement des paysages, des intérieurs domestiques et des portraits de famille, de ses amis et de collègues artistes, beaucoup de ces derniers appartiennent à ce que l'on appelle la New York School des écrivains, comme John AshberyFrank o ' HaraJames Schuyler... Beaucoup de ses tableaux ont été peints dans ou autour de sa maison familiale d'été à Head Island, dans le Maine et aussi dans  maison atelier du 49 South Main Street à Southampton dans l'état de New York.

Porter était un non conformiste dans aussi bien dans sa peinture que dans ses articles ; sa manière et son style étaient plus proches d'un artiste européen de la fin du XIXe siècle  que de ceux de l'école de New York du XXe siècle.

En 1959, Porter a écrit un essai sur Thomas Eakins qu'il admirait beaucoup. 

Sa talent doit beaucoup à sa fascination pour la nature. Il a surtout la capacité de révéler le caractère extraordinaire de la vie ordinaire. On peut en cela le rapprocher de Français Pierre Bonnard et Édouard Vuillard. De Vuillard disait-il <<  Dans ses scènes de la vie bourgeoise ce qu'il fait semble ordinaire, mais l'extraordinaire est partout. » Fairfield Porter apparait dans certains de ses tableaux comme un Hopper optimiste. On peut aussi le raprocher d'un autre de ses compatriotes   Marsden Hartley mais Porter est un coloriste plus nuancé que son ainé. L'influence de Porter sur Alex Katz est indéniable.

Fairfield Porter est mort en 1975. 

 

James Schuyler & Friend  (1958)

James Schuyler & Friend (1958)

View Across the Barred Island, 1968

View Across the Barred Island, 1968

Winter Landscape (Snow), 1958–1961

Winter Landscape (Snow), 1958–1961

Henry Sitting in Chair, 1958

Henry Sitting in Chair, 1958

Molly & Walter Bareiss, 1959

Molly & Walter Bareiss, 1959

FAIRFIELD PORTER
July Interior, 1964

July Interior, 1964

Girl in a Landscape, 1965

Girl in a Landscape, 1965

Iced Coffee, 1966

Iced Coffee, 1966

Anne in a Striped Dress, 1967

Anne in a Striped Dress, 1967

July, 1971

July, 1971

Jane and Elizabeth

Jane and Elizabeth

October Interior, 1963

October Interior, 1963

FAIRFIELD PORTER

Que la jeunesse... (134)

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Que la jeunesse... (134)
Que la jeunesse... (134)
Que la jeunesse... (134)
photo Stanley Kubrik

photo Stanley Kubrik

Que la jeunesse... (134)
Que la jeunesse... (134)
Que la jeunesse... (134)
Que la jeunesse... (134)
Que la jeunesse... (134)
Que la jeunesse... (134)
Que la jeunesse... (134)
Que la jeunesse... (134)
Que la jeunesse... (134)
Que la jeunesse... (134)
Que la jeunesse... (134)
Nelli Palomäki,   Roy at 7   (2013)

Nelli Palomäki, Roy at 7 (2013)

Que la jeunesse... (134)
South Park High School,  Texas (1972)

South Park High School, Texas (1972)

Que la jeunesse... (134)
André Kertész:  Young Man Seated Near Window, Martinique, 1972

André Kertész: Young Man Seated Near Window, Martinique, 1972

Que la jeunesse... (134)
Que la jeunesse... (134)
Jules Dassin:  The Naked City

Jules Dassin: The Naked City

Que la jeunesse... (134)
Que la jeunesse... (134)
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D'autres billets de ce type: que la jeunesse était belle en noir et blanc (49),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (47), que la jeunesse était belle en noir et blanc (46),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (45),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (44),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (43),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (42),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (41),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (40),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (39),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (38),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (37),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (36),  que la jeunesse était belle en noir et blanc (35),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (34),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (29),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (34)Que la jeunesse était belle en noir et blanc (33),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (32),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (31),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (30),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (29),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (28),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (52),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (53),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (54),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (56)Que la jeunesse était belle en noir et blanc (57),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (58),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (59),  que la jeunesse était belle en noir et blanc (60),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (61),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (62),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (63),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (64),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (65),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (66)Que la jeunesse était belle en noir et blanc (67),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (68),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (69),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (70,  que la jeunesse était belle en noir et blanc (71),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (72),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (73),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (74)Que la jeunesse était belle en noir et blanc (75),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (76),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (77),  que la jeunesse était belle en noir et blanc (78),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (79),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (80),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (81),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (82),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (83),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (84),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (85)Que la jeunesse était belle en noir et blanc (86),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (87),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (88),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (89)Que la jeunesse était belle en noir et blanc (90)Que la jeunesse était belle en noir et blanc (91),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (92),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (93),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (94),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (95),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (96),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (97),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (98),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (99),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (100),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (101),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (102),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (103)Que la jeunesse était belle en noir et blanc (104),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (105),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (106),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (107),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (108)Que la jeunesse était belle en noir et blanc (109),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (110),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (111)Que la jeunesse était belle en noir et blanc (112),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (113),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (114),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (115),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (116),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (117),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (118),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (119),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (120),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (121),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (122)

 

Proust à propos de Chardin

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 " la fanfaronnade d'un vieillard qui ne se prend pas au sérieux "

" la fanfaronnade d'un vieillard qui ne se prend pas au sérieux "

« Le plaisir que vous donne sa peinture d’une chambre où l’on coud, d’un office, d’une cuisine, d’un buffet… »

« Le plaisir que vous donne sa peinture d’une chambre où l’on coud, d’un office, d’une cuisine, d’un buffet… »

« La femme qui prépare la table, la nappe antique et les assiettes encore intactes dont depuis tant d’années elle sent la fermeté douce résister toujours à la même place entre ses mains soigneuses, entre cette nappe et la lumière… »

« La femme qui prépare la table, la nappe antique et les assiettes encore intactes dont depuis tant d’années elle sent la fermeté douce résister toujours à la même place entre ses mains soigneuses, entre cette nappe et la lumière… »

Le chant d'Achille de Madeline Miller

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Le chant d'Achille de Madeline Miller

Il faut être un peu inconscient ou tout du moins fort téméraire pour situer un roman dans l'antiquité et en particulier dans la Grèce ancienne pour laquelle on a relativement peu de traces sur la vie au quotidien à cette époque. Et encore plus d'aller sur les brisées d'Homère, comme le fait Madeline Miller qui dans son « chant d'Achille » nous raconte l'histoire d'amour entre Patrocle et le bouillant Achille. L'entreprise périlleuse n'a pas rebuté Madeline Miller pas plus que naguère elle avait fait reculer Marie Renault. On pense beaucoup à l' « Enfant perse » de cette dernière dans les cent premières pages du livre. Mais Madeleine Miller ajoute une difficulté supplémentaire c'est, qu'à moins d'être amnésique ou un cancre de compétition, grâce à nos souvenirs de lycéens, on en connait la suite et pourtant dès les premières pages la romancière nous donne une envie irrésistible de découvrir la suite.

Au début du roman c'est un jeune garçon qui parle à la première personne. Nous ne savons pas immédiatement de qui il s'agit. On apprend seulement, dès l'incipit, qu'il est fils de roi. Très vite, même si l'on avait pas lu le titre, on comprend que nous sommes dans des temps très anciens.

Si le nom de Marie Renault vient immédiatement à l'esprit, il n'est pas interdit non plus de songer à Marguerite Yourcenar et ses « Mémoires d'Hadrien ». Mais notre première académicienne n'a peut être pas oser, comme le fait sa consoeur, mettre au centre de son roman, la passion de l'empereur pour Antinous qui pourtant innerve tout ce chef d'oeuvre. Madeline Miller n'a pas eu de ces pusillanimités. Elle a mis l'amour de deux hommes, Achille et Patrocle comme pivot de son livre. A propos de Patrocle, Marguerite Yourcenar en a néanmoins fait un portrait dans « Feux »: << Toutes les particularités dont Achille se souvenait en pensant à Patrocle: sa pâleur, ses épaules rigides, un rien remontées, ses mains toujours un peu froides, le poids de son corps croulant dans le sommeil avec une densité de pierre acquéraient enfin leur plein sens d'attributs posthumes, comme si Patrocle n'avait été vivant qu'une ébauche de cadavre.>>.

Quiconque a fait ses humanités se souvient, peu ou prou, de ce que nous narre Homère (et quelques autres pour les plus curieux; pour ceux qui veulent savoir la suite de l'Iliade je leur conseillerais la lecture de « La fin de l'iliade de Quintus de Smyrne » qui fait le pont entre l'Iliade et l'Eneide.) sur la guerre de Troie mais de Patrocle et d'Achille avant cette campagne, en général, on ne s'en souvient guère (surtout si comme moi la lecture de l'Iliade remonte à un demi-siècle). C'est pourquoi toute la première partie du livre, consacrée à la formation des deux garçons m'a paru la plus intéressante et la meilleure. Par la suite quelques passages sont moins convaincants, en particulier celui du sacrifice d'Iphigénie un peu rapidement expédié. A propos de l'éducation d'Achille, les versions diffèrent sur les personnes qui prirent soin du jeune garçon. Tantôt, on nous dit qu'il fut élevé dans la maison paternelle, tantôt on raconte qu'il fut confié au Centaure Chiron, qui vivait sur la montagne du Pélion. Madeline Miller a mixé les deux histoires. Elle envoie, lorsqu'il a 11 ans, Achille, accompagné de Patrocle, à Chiron. Le séjour des deux garçons chez le centaure semble être une escale au paradis terrestre. Le chant d'Achille restera pour moi surtout un très beau roman de formation.

Le chant d'Achille de Madeline Miller

Madeline Miller a pris bien des libertés par rapport à la geste homérique; si bien que l'on se prend à espérer, un peu follement, que Patrocle reviendrait vivant de la guerre de Troie, alors que le lecteur béotien tel que moi connait surtout de Patrocle sa mort. Serait on avec ce « Chant d'Achille » en présence d'une uchronie troyenne?

La plus grande différence de ce roman avec l'épopée troyenne contée par Homère réside dans l'âge des deux personnages principaux, Achille et Patrocle et donc dans leur rôle dans leur relation amoureuse. Dans L'Iliade c'est clairement Patrocle qui est plus âgé qu'Achille. Patrocle est donc l'eraste (pour faire simple: l'ainé actif) et Achille l'éromène (le plus jeune, le passif). En revanche, conformément au « Chant d'Achille » dans lequel Patrocle a quelques années de moins qu'Achille, leur nombre n'est pas clairement défini et au fil des ans, comme c'est logique, cette légère différence d'âge s'estompe, chez Eschyle comme chez Eschine, les rôles et les âges sont inversés, Achille est l'éraste et Patrocle l'éromène.

Ce qui est amusant est que ces relations très codifiées entre hommes se retrouvent aujourd'hui dans les mangas du genre yaoi. Dans ceux-ci l'éraste est un sémé et l'éromène un uké. Ce type de bande dessinée est fait au Japon par quasiment exclusivement des femmes... Puisque j'en suis à la bande dessinée je signale qu'il y a une version assez ébouriffante de la guerre de Troie ou plutôt de ses alentours (j'ai consacré un billet à cette B.D.: http://www.lesdiagonalesdutemps.com/article-troie-de-jarry-et-campanella-ardisha-119309220.html).

Platon est de l'avis opposé à Eschyle qu'il critique sans ménagement dans son Banquet, il fait dire à Phèdre que « ce sont des balivernes, ce que dit Eschyle quand il fait d'Achille l'amant de Patrocle. Achille était plus beau que Patrocle, et même plus beau que tous les héros, il est donc bien plus jeune, comme l'indique d'ailleurs Homère. » Malgré ce désaccord, Phèdre non plus n'a aucun doute sur les relations de Patrocle et Achille. Dans ce texte, Platon critique la trilogie théâtrale d'Eschyle composée des tragédie: « Les myrmidons », « Les néréides » et « Les phrygiens ».

Néanmoins, par la suite, la tradition se stabilise sur la version d'Eschyle, plus conforme au statut social des deux hommes. Ainsi, Élien déclare : « tandis qu'Alexandre couronnait la tombe d'Achille, Héphaestion couronna celle de Patrocle, laissant ainsi entendre qu'il était le mignon d'Alexandre, comme Patrocle avait été celui d'Achille.

Dans le « Chant d'Achille » leur amour physique est « moderne ». Les rôles ne sont pas figés. L'historien Bernard Sergent, ne dit pas autre chose lorsqu'il affirme que les rapports entre Achille et Patrocle ne se rattachent pas au modèle pédérastique : il s'agit d'une relation entre jeunes gens de même génération. La relation sexuelle entre les deux garçons est au centre du roman, alors que chez Homère, si on peut la supposer, elle n'est pas clairement établie. Pour sa part Xénophon, faisaient valoir qu'ils n'étaient qu'amis.

Le chant d'Achille de Madeline Miller

Il est facile de comprendre pourquoi Madeline Miller et bien avant elle Eschyle on fait de Patrocle l'éromène. C'est par licence théâtrale et romanesque, pour que leur oeuvre soit logique car toute la posture de Patrocle durant la guerre de Troie est beaucoup plus conforme à celle d'un éromène qu'à celle d'un eraste. Avoir fait de Patrocle un Eraste une des principales incohérences du récit d'Homère. Ces incohérences narratives confortent bien l'idée, quasi établie aujourd'hui, qu'Homère (si toutefois cette personne physique a réellement existé) ne serait pas l'auteur unique de ses poèmes mais une sorte de collecteur de tous les récits autour de la guerre de Troie. Il n'aurait fait que les rassembler dans l'ambition d'en faire une sorte de récit canonique de ces légendes. En cela le travail de Madeline Miller pour écrire « Le chant d'Achille » a été un peu semblable à celui d'Homère car si de nombreuses versions antiques de la guerre de Troie ne sont pas arrivées jusqu'à nous il en reste néanmoins de très nombreuses sans compter toutes les variations modernes sur le sujet. Elle a du faire constamment un choix parmi les différentes versions.

Il y a d'autres différences entre ce roman et l'Iliade. Elles informes sur les sources de l'auteure. Madeline Miller pour le meurtre qui a conduit Patrocle à l'exil a repris la version du mythographes Apollodore qui parle d'une dispute d'enfants à propos d'osselets. D'autre sources (voir par exemple le Grand Larousse en X volumes) indiquent que Clysonyme a été tué par Patrocle d'un coup de palet. Mais Apollodore fait de Clysonyme le cousin de Patrocle, et donc par ricochet d'Achille. La romancière américaine n'a pas retenu ce cousinage en revanche comme Apollodore elle en fait ensuite l'un des prétendants d'Hélène. A propos de cousinage, le film américain « Troie » de Wolfgang Petersen datant de 2004 n'a pris en compte en ce qui concerne la relation Patrocle-Achille que ce cousinage, puritanisme yankee oblige... Mais le cinéma n'est pas toujours aussi prude sur le sujet; comme le prouve le court-métrage de Barry Purves, un cinéaste d'animation Anglais, qui raconte notamment cette histoire d'amour, de manière très érotique avec ses petites marionnettes. Le film de Purves est visible sur la toile : Achilles (1995, 11 min) 
http://www.youtube.com/watch?v=7jpax3l19zw.

Le chant d'Achille de Madeline Miller

Selon la tradition, ce ne serait qu'à partir du ve siècle av. J.-C. Que les deux jeunes gens serait devenus un symbole des relations pédérastiques. Par exemple Alexandre le Grand et Héphaestion se réclamaient du modèle de l'amour entre Achille et Patrocle.

Dans une interview l'auteure a déclaré s'être beaucoup inspirée de la poésie lyrique antique, de modèles comme Sappho et Catulle, pour créer la relation entre Achille et Patrocle pour en faire un mélange d'amitié, de sensualité et de beauté quotidienne tel que les poètes lyriques antiques le célébrait.

Pindare dans ses Olympiques montre Patrocle accompagnant Achille quand ce dernier ravage la ville de Teuthrania, en Mysie. Un vase célèbre montrant Achille pansant la plaie de Patrocle illustre peut-être cet épisode. Madeleine Miller n'a pas repris explicitement cette anecdote mais fait accompagner Achille par Patrocle, au début de la guerre de Troie dans les razzias qui ont pour but d'affamer la ville assiégée.

Les homéristes distingués pense que Patrocle n'est pas une invention d'Homère car se dernier dans le premier chant ne le présente pas, comme s'il était connu de tous, en revanche ils subodorent que l'aède en a fait un personnage plus important qu'il n'était auparavant.

Une des principales difficultés à laquelle a du se confronter la romancière est de faire parler d'une façon crédible des personnages d'une part mythiques et qui d'autre part évoluent dans un monde totalement différent du notre; il y a plus de 3000 ans. L'auteure la surmonte par son écriture faite de phrases courtes et de mots simples néanmoins précis et justes. Elle ne tombe pas dans le travers de nombre de romans historiques dont le texte semble fait que d'une suite de notes en bas de page, à l'exemple de l'illisible « Alexandre le grand » de Roger Peyrefitte.

Précédemment j'ai avancé le chiffre de 3000 ans, je ne vais pas déroger à mon habitude et vous entretenir de datation; ce qui est un comble à propos d'évènement qui n'ont peut être jamais eu lieu. Cependant dès l'antiquité on sait préoccupé de savoir à quelle date se déroulait l'épopée de la guerre de Troie. Ainsi Eratosthène situait la chute de Troie 408 avant la première olympiade soit en 1183 avant notre ère. Aujourd'hui on date la destruction des remparts de la ville que l'on pense correspondre à Trois entre 1200 et 1180 avant J.C.

Madeline Miller nous met en empathie d'emblée avec son narrateur puis avec son ami Achille en décrivant des scènes intemporelle comme la naissance de l'amour entre les deux garçons. Telles qu'il nous est décrit cela pourrait être hier dans un camp de vacances ou avant hier dans un collège anglais ou dans n'importe quel ailleurs n'importe quand. Patrocle et Achille sont longs à découvrir les plaisirs de l'amour physique. Dans leur cas la tendresse précède la passion. Les héros inverseraient-ils les termes de l'amour. C'est peut être ce qui les distingue des simples mortels?

David Ligare, Achilles and the Body of Patroclus (1986)

David Ligare, Achilles and the Body of Patroclus (1986)

Même s'il est préférable pour aborder ce livre d'avoir quelques connaissances de l'Histoire et de la mythologie grecque et aussi peut être d'avoir humé l'air des rivages de Péloponèse et des cyclades, tout cela n'est pas indispensable, car dans le cours du récit la romancière délicatement, et toujours à propos, en quelques lignes, nous racontes un des innombrables récits et aventures des dieux et héros qui gravitent autour de l'Olympe. Mais l'auteure sait être aussi être prosaïque essaimant avec légèreté dans son texte des considérations sur le quotidien de la vie familiale, sur la vie dans les palais des roitelets grecs, la place des femmes dans cette société. Les vêtements, la médecine, l'alimentation sont décrits avec précision fascinante. Elle nous donne a comprendre les questions d'honneur, qui régissait le monde guerrier grec. Si la difficulté de camper une histoire dans un décor qu'aucun lecteur ne puisse imaginer sinon au mieux en s'aidant de quelques souvenirs de voyage pour la nature et de quelques pictogrammes de cinématographe qui déforment l'imaginaire plutôt qu'ils le fécondent pour les scènes d'action, peut être en partie résolu par le style, il n'en va pas de même pour les intrusions des dieux qui sont des personnages essentiels de l'Iliade. Dans un roman moderne ils ne peuvent pas bénéficier du paravent de la licence poétique homérique. Même si j'ai tiqué à la précision que la barbe du centaure Chiron était bien entretenue (Comment les centaures se rasent-ils? Voilà une question que l'on ne se pose pas tous les jours.) Madeline Miller s'en sort avec les honneurs. Mis à part Thétis, la néréide mère d'Achille, sans occulter les divinités, elle les a intelligemment laissées au second plan.

Ingres, Achille recevant les ambassadeurs d'Agamemnon.

Ingres, Achille recevant les ambassadeurs d'Agamemnon.

La lecture du chant d'Achille ne prétend pas se substituer à celle de l'Iliade pourtant je suis sur qu'après avoir dévoré le roman de Madeline Miller il sera impossible de voir du même oeil qu'auparavant les héros du poète grec. Le chant d'Achille aurait du plutôt s'appeler « La gloire de Patrocle » que nous voyons au fil des page se transformer. Le garçon un peu disgracieux solitaire et mal ­aimé, plus doué pour la musique que pour le combat devient le meilleur des grecs. Quand à Achille certes très beau et bouillant, que les dieu de l'Olympe me pardonne ce lèse héros, il est tout de même un peu con con... Ulysse est sous la plume de Madeline Miller certes très malin mais moins sympathique qu'ailleurs quand à Agamemnon quel affreux rustre...

Il y a du Dumas mâtiné de Yourcenar chez cette jeune auteure américaine, Madeline Miller a 35 ans. Elle est par ailleurs professeur de grec ancien et spécialiste de Shakespeare, connaissance qui n'ont pas du la desservir pour écrire Le chant d'Achille qui est son premier roman et en même temps un coup maître. Il me semble que son livre illustre parfaitement cette remarque d'Alexandre Dumas : « C’est le privilège des romanciers de créer des personnages qui tuent ceux des historiens. La raison en est que les historiens se bornent à évoquer de simples fantômes, tandis que les romanciers créent des personnes en chair et en os. ». L'ambition de Madeline Miller était « de rendre hommage à la langue d’Homère, en restant accessible à tous, » Elle a pleinement réussi.

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